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Un sillon, une voix

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16 août 2021

Quel est ce pays ?

L’an dernier, je commençais mon article sur les temps de confinement par une citation de Baruch Spinoza : « Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas se détester, mais comprendre. ». Cette citation est toujours d’actualité.

Comme une bonne partie de mon lectorat le sait, je suis chanteur. La voix évoquée dans le nom de ce blog-ci fait référence à ma qualité de chanteur, du reste. Et à ce titre, mon grand plaisir consiste à participer à un stage de chant chaque été. Ce stage de chant me permet de réaliser des progrès en technique de chant chaque année ou à tous le moins, de récupérer des clés que je peux développer pendant l’année afin de réaliser lesdits progrès.

Deux des particpantes à ce stage ont décidé de reprendre «  Diego, libre dans sa tête » écrite par Michel Berger en 1981 et chantée pour la première fois par France Gall. Puis reprise par d’autres interprètes… Cette chanson évoque un personnage « Diego », prisonnier d’une dictature d’Amérique latine et néanmoins « libre dans sa tête ».

 

« Derrière des barreaux
Pour quelques mots qu'il pensait si fort

Dehors
Oui dehors, il fait chaud
Et des milliers d'oiseaux s'envolent
Sans effort

Quel est ce pays
Où frappe la nuit
La loi du plus fort? (…) »

 

Certes, comparaison n’est pas raison.  Cet article est avant tout un cri de colère.

Mais mon intention est bien de démontrer qu’en prenant la décision de l’extension du passe sanitaire, le gouvernement de la France exerce une violence sans précédent à l’encontre de sa population à bien des égards, qu’elle soit vaccinée ou pas.

 

La vaccination contre la Covid-19 

Je ne suis pas résolument contre toute vaccination. Je ne m’associe pas à toutes les théories « complotistes » qui croient par exemple que les maladies telles que le SIDA, la COVID-19 et autres sont des maladies orchestrées de toutes pièces par les autorités avec la complicité des médias.

Je constate par ailleurs que la pression sociale s’accentue sur les « récalcitrants ». De nombreuses personnes proches de moi, résolument opposées à la vaccination, ont décidé de se faire vacciner malgré tout. Je ne les nommerai pas ici, mais à la lecture de ces lignes, elles se reconnaîtront :

-        « Je m’apprête à traverser l’Europe »,

-        « Je suis infirmière et j’ai peur de ne pas pouvoir conserver mon poste »,

-        « J’ai affaire à de jeunes enfants et mon employeur m’a proposé le « back-office » comme alternative à la vaccination »,

-        « il faut faire confiance », etc.

Je veux témoigner ici toute mon amitié à ces personnes qui ont été confrontées à un dilemme, voire à une injonction paradoxale. J’imagine ici qu’il leur a fallu avoir recours à des biais cognitifs (je ne sais pas tout, mais je fais confiance) ou à des stratégies de défense (j’y suis obligé(e) de par ma situation professionnelle) afin de pouvoir se dépêtrer de cette nasse que constitue l’injonction paradoxale.

 L’impression d’une digue qui lâche de toutes parts néanmoins…

Et j’évoque brièvement les personnes convaincues dès le départ par la nécessité de se faire vacciner. Les raisons invoquées par les gens que j'ai interrogés sont les suivantes :

- « j’ai peur »

- « le devoir citoyen »,

- « la contribution de chacun à l’effort collectif »,

- « le récalcitrant ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, autrement dit, continuer à aller au restaurant comme si de rien n’était »,

- « je ne vais pas me faire triturer le nez tous les trois jours, d’autant que cela va devenir payant au mois d’octobre »,

- « se faire triturer le nez trop souvent a des conséquences néfastes sur le cerveau »,

- « les mesures barrières ne sont pas suffisamment respectées, il fallait sévir »,

- « que fait-on dans l’immédiat si l’on ne se vaccine pas ? »

- « la thérapie génique de type ARN messager, c’est l’avenir ».

Je veux témoigner également toute ma reconnaissance à toutes les personnes que j’ai interrogées ces derniers temps. Celles-ci m’ont fait l’amitié d’évoquer les raisons qui les ont poussées à prendre cette décision.

Cependant, je suis en droit de m’interroger. Comment ce virus stocké dans le laboratoire de type P4 à Wuhan s’est retrouvé disséminé dans la population locale ? La commission d’enquête de l’OMS partie enquêter à Wuhan s’est retrouvée confrontée à un mur de silence, de la part des autorités chinoises. Aurons-nous un jour une réponse à cette question ?

Par ailleurs, on nous dit qu’il faut se faire vacciner afin d’atteindre l’immunité collective. Soit. Pour autant, il n’est pas question de vacciner les enfants de moins de 12 ans. Trop de risque pour ces derniers peut-être ? On ne sait pas… En tout état de cause, les jeunes enfants seront toujours vecteurs de la maladie. L’éradication est-elle aussi sûre dans ce cas ?

Dans le même ordre d’idée, Joe Biden, Président des Etats-Unis, se prononce pour la levée des brevets de fabrication des vaccins contre la Covid-19. « L’administration croit fermement en la protection de la propriété intellectuelle, mais au service de la fin de cette pandémie, elle soutient la renonciation à ces protections pour les vaccins Covid-19 » (Source le Parisien, 6 mai 2021).

Une quelconque réaction des laboratoires visés depuis cet appel du Président Biden ?  Courant juillet 2021, au nom des règles du paradigme de « l’offre et de la demande », les principaux laboratoires produisant les vaccins annoncent une hausse des tarifs.

Quel cynisme !

La conséquence ? Inutile d’aller chercher bien loin. Il suffit de regarder ce qui s’est passé depuis mars 2020. C’est précisément dans les pays où les politiques sanitaires ont été insuffisantes que les variants du Covid-19 se sont développés : le Royaume-Uni, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde, notamment. Dans la mesure où il peut circuler, le virus tente des combinaisons et sélectionne celle qui va résister le mieux à tous les obstacles, et aux vaccins, le cas échéant.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a fort à parier que dans les pays où la couverture vaccinale est faible, le virus en profitera pour reproduire le même processus et nous revenir en boomerang. Je suis effaré par l’écart phénoménal entre la vaccination de masse à laquelle les pays riches sont parvenus et la couverture vaccinale très faible des pays en voie de développement. Pour prendre l’exemple de l’Algérie, seulement 7,7% de la population avait reçu au moins une dose selon :

https://www.tsa-algerie.com/vaccination-contre-le-covid-19-lalgerie-a-la-traine-au-maghreb/

Il est plus que temps de partager !

Toutes ces raisons tendent à laisser penser que même si la quatrième vague actuelle est endiguée par le recours à la vaccination et au passe sanitaire, le virus tentera de faire son retour, l’hiver aidant, par le biais des enfants ou des ressortissants des pays étrangers à faible couverture vaccinale.

D’autant que  contrairement à ce qui nous a été annoncé au départ, le vaccin ne protège pas contre la maladie. Il empêche les formes graves. Euh… Pas tout à fait… Des élus de la Réunion et de la Guadeloupe, Ericka Bareigts et André Atallah, interrogés sur France Inter le 07 août 2021, reconnaissent que même lorsque un individu présente un schéma de vaccination complet, il peut développer une forme grave de la maladie, notamment s’il est atteint de comorbidités.

Qui plus est, quand bien même serait-il efficace, le vaccin contre le Covid-19 n’offre pas une immunité permanente, telle que celle à laquelle on peut s’attendre lorsque l’on se fait vacciner contre le tétanos, mettons. Un peu à l’instar de celui de la grippe, le vaccin offre une immunité allant de 6 à 10 mois, selon les sources. Autrement dit, le vaccin devra être renouvelé. C’est déjà ce qui se passe en Israël, pays ayant eu très tôt une excellente couverture vaccinale. Dans ce pays, l’on administre déjà la troisième dose aux personnes les plus vulnérables. Et il en est fortement question ici également…

Alors certes, nous ne sommes pas vraiment informés sur les effets indésirables des deux premières doses. Quoique… Des cas de thromboses, des cas de myocardites ou de péricardite, des cas d’allergies aux composants du vaccin ont été signalés dans un cas pour mille. Ceci sans compter les troubles menstruels, heureusement plus bénins.

https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-maladies/2731491-vaccins-covid-effets-a-long-terme-arn-secondaire-indesirable-risque/

Alors qu’en sera-t-il à la neuvième ou à la dixième dose ? Cela risque d’être une autre mayonnaise. Le recul existe pour le vaccin contre la grippe, y compris s’il est renouvelé chaque année. Par définition, ce n’est pas pour le vaccin contre le Covid-19.

Et pour finir, tout cela ne nous dit pas le contenu chimique du vaccin que l’on nous injecte. Dans le doute, abstiens-toi, me suis-je dit. Force est de constater que le discours des médecins qui sont interrogés dans les médias est unanimement en faveur de la vaccination. Aucune voix discordante. Pourtant, je sais que des médecins en désaccord avec la politique gouvernementale existent.

A ce sujet, une information : le Conseil National de l’Ordre des Médecins est créé sous sa forme actuelle en 1945, après la deuxième guerre mondiale. Il reprend toutefois en grande partie les idées initiales du Conseil National de l’Ordre des Médecins créé par le gouvernement de Vichy peu de temps auparavant. Et un fait intéressant est à relever : en 1940, le gouvernement de Vichy décide de supprimer les syndicats de médecins et de créer le Conseil de l’Ordre avec les fonds ainsi libérés.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_national_de_l%27Ordre_des_m%C3%A9decins

Il m’apparaît néanmoins que la science sort grandie du débat. Et qu’un débat présente par définition des voix discordantes. Sans cela, pas de débat.

 

La défiance vaccinale

Bien conscients que le phénomène existe et malgré ce qui précède, les médias évoquent la défiance vaccinale avec le dégoût que cela leur inspire, bien entendu. Les médias insistent notamment sur les dégâts bien réels provoqués  par une faible couverture vaccinale en Guadeloupe ou à la Martinique. Mais tentons d’analyser cette défiance vaccinale en deux points qui me paraissent essentiels :

-        Les scandales sanitaires,

-        La sensibilité aux religions/spiritualités.

En effet, de nombreux scandales sanitaires sont venus défrayer la chronique ces trente dernières années :

-        Le sang contaminé dans les années 90,

-        Le médiator dans les années 2000,

-        Le chlordécone, dans les années 2000 également,

-        Et  le Levothyrox, en 2017.

S’ensuivent de très longues procédures judiciaires, sans aucune garantie pour les victimes d’être encore de ce monde lorsqu’elles obtiennent gain de cause.

Par ailleurs, qu’on la juge archaïque ou au contraire, très inspirée, la sensibilité aux spiritualités et aux religions est une réalité. De toux lieux et de tous temps. Au cours des siècles, les religions monothéistes se sont opposées à ce qu’un être humain puisse accéder à l’intérieur d’un autre être humain au moyen d’une opération chirurgicale. Les débuts de la chirurgie en France datent de la Renaissance avec Ambroise Paré. Ils sont donc assez tardifs.

Il en est de même pour toutes les médecines dites alternatives ou traditionnelles : médecine ayurvédique indienne, médecine traditionnelle chinoise, médecine traditionnelle japonaise de type Reiki. Dans toutes ces médecines, l’on rechigne à  injecter un produit chimique dans le corps, conférant à ce dernier un caractère sacré.

Je milite pour qu’une synthèse de la médecine conventionnelle héritée d’Ambroise Paré et des médecines alternatives soit réalisée un jour. Je constate que nous n’en prenons pas le chemin néanmoins.

Pour clore ce chapitre, je voudrais juste adresser toute ma plus vive reconnaissance aux très rares personnes de mon entourage qui refusent encore de jouer les cobayes pour le bien assuré des actionnaires de Pfizer, Moderna, etc. et le bien… moins assuré de l’ensemble de la population.  Très rares en effet. Comme suite au discours d’Emmanuel Macron le 12 juillet dernier, ce sont plus de cinq millions de personnes qui se sont précipitées pour se faire vacciner, même si elles y étaient opposées au départ. Preuve s’il en est que « l’incitation » a bien fonctionné.

 

Le passe sanitaire

Je cite in extenso l’extrait de l’article du figaro.fr :

« Le 12 mai dernier, sur le plateau de France 2, le secrétaire d'État aux Affaires européennes assurait que «nous n'aurions pas de passe sanitaire au quotidien, pour les cafés ou les restaurants, en France». Un tel dispositif serait «excessif» et susceptible de créer «une société à deux vitesses», jugeait Clément Beaune. Des mots qui rappellent ceux d'Emmanuel Macron, en avril dernier : «le pass sanitaire ne sera jamais un droit d'accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis», assurait alors le président de la République. 

Trois mois plus tard, le variant Delta est passé par là et le passe sanitaire s’impose désormais au quotidien des français(…)»

Source :

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/covid-19-jusqu-ou-le-passe-sanitaire-pourrait-il-etre-etendu-20210810

Une digue a sauté. Une de plus. Pour la première fois depuis bien longtemps, les français sont distingués en fonction d’une donnée qui aurait dû rester de l’ordre de l’intime et du personnel, à savoir la présentation ou non d’un schéma vaccinal complet, d’un certificat de rétablissement du Covid-19 ou du résultat d’un examen de dépistage.

Les activités de loisirs sont ainsi pointées du doigt. Les cinémas, les parcs d’attractions, les théâtres, les bars et les restaurants y compris en terrasse, etc. Mais aucune mention au sujet des lieux de culte, qui sont pourtant des lieux publics. C’est comme une espèce de choix de société qui se dessine au travers de ce choix politique. 

Mais le plus fort dans tout cela reste l’obligation vaccinale pour les soignants et pour les travailleurs du secteur sanitaire et médico-social. Ces gens-là risquent d’être suspendus, sans salaire, s’ils ne présentent pas un passe sanitaire dans un premier temps puis un schéma de vaccination complet à terme.

Comme le stipule le chapitre 5 du protocole national pour assurer la santé et la sécurité des salariés en entreprise face à l’épidémie de Covid-19 – Version du 9 août 2021 :

« Les personnels des établissements de soins, médicaux-sociaux et sociaux listés à l’article 12 de la loi relative à la gestion de la crise sanitaire du 5 août 2021 doivent être vaccinés dès le 9 août 2021, sauf contre-indication médicale ou présentation d’un certificat de rétablissement.

Toutefois, la loi prévoit une période transitoire :

- jusqu’au 14 septembre inclus, les personnels concernés pourront présenter le résultat négatif d’un test virologique datant de moins de 72 heures (examen de dépistage RT-PCR, test antigénique ou autotest réalisé sous la supervision d’un professionnel de santé) s’ils ne sont pas vaccinés,

- Entre le 15 septembre et le 15 octobre inclus, lorsque le salarié a effectué une première dose de vaccin, il pourra continuer à exercer son activité à condition de présenter le résultat négatif d’un test virologique.

- A compter du 16 octobre 2021, ils doivent présenter le justificatif du schéma vaccinal complet. »

Le travailleur, y compris s’il est agent de l’Etat, qui est soumis à l’obligation vaccinale et qui ne présente pas de passe sanitaire sera alors dans l’impossibilité de continuer à exercer sa profession. Hors pose de RTT ou de congés, le contrat de travail sera alors suspendu. Sans salaire, sans droit aux prestations Pôle-emploi non plus. Le travailleur se retrouve alors sans aucun moyen de subsistance. Selon les situations, c’est certainement encore pire que d’être licencié. Nous ne sommes plus dans « l’incitation », nous sommes dans la contrainte. Et utiliser le mot « incitation » alors qu’il s’agit véritablement d’une contrainte revient à travestir les termes et leur sens.

Qui plus est, la contrainte vaccinale et les sanctions afférentes ne pèsent que sur certains salariés. Admettons que la vaccination soit rendue obligatoire pour tous les salariés amenés à être en contact avec la population, notamment la plus fragile.  

Pour autant, sans aucune justification concevable, les policiers et gendarmes sont exclus de l’obligation vaccinale, alors que leurs missions, au demeurant comparables aux personnes intervenant au soutien de la sécurité civile, impliquent un contact direct avec la population (dont les personnes vulnérables) dans le cadre des rassemblements mais aussi des contrôles du « passe sanitaire».

Encore une fois, deux poids, deux mesures. Ou une société à deux vitesses.

Mais la suite du chapitre 5 de ce protocole est encore plus savoureuse. Comme quoi, le législateur a tout prévu :

« Les employeurs doivent porter une attention particulière aux salariés chargés de vérifier le respect de l’obligation vaccinale en adaptant en tant que de besoin l’évaluation des risques aux difficultés spécifiques liées à cette activité et en apportant à ces salariés l’accompagnement adapté pour faire face aux difficultés éventuelles. »

Nous y sommes. Pour la mise en œuvre de ces  atteintes substantielles aux libertés, il va bien falloir à l’avenir faire appel à des « bonnes volontés » qui voudront bien «  collaborer » et ce faisant, risquer de se mettre une partie de leurs collègues ou de leur salariés à dos. Tout en n’étant pas des représentants des forces de l’ordre. Il s’agit bien de cela. Je pense même que c’est la plus grande des difficultés. Que de brouilles, de fâcheries, de conflits et de contentieux en perspective ! « Difficultés spécifiques », dit-on dans le texte reproduit ci-dessus…

Je n’envie pas les personnes qui seront amenées à faire ce choix. Je n’envie pas les conflits intérieurs que cela pourra engendrer non plus. Il vaut mieux être libre dans sa tête.

Pour les salariés confrontés à la situation de devoir se faire vacciner pour continuer à travailler ou pour les employeurs confrontés à l’obligation de faire appliquer la loi du 5 août 2021 alors qu’ils y sont opposés, une stratégie juridique se dessine. Il s’agit de démontrer que ce vaccin n’en est pas un, mais bien une injection expérimentale de phase 3. A ce titre, le praticien doit obligatoirement recueillir le consentement libre et éclairé de son cobaye avant l’injection.

 

La forme grave de la maladie

Et ce, d’autant plus que tout n’a pas été tenté par rapport à cette maladie.

En outre, depuis que je m’intéresse à ce sujet (cf. mon dernier article), j’ai le vif sentiment que le monde scientifique ne s’est pas intéressé au problème principal.  Si ce n’était l’emballement immunitaire, et pertes du goût et de l’odorat mises à part, la Covid-19 ne pourrait être qu’une maladie assez grave, mais non mortelle. C’est bien l’emballement immunitaire qui constitue selon moi le risque majeur.

Qu’est-ce que l’emballement immunitaire ? Confronté au Sars-CoV-2, le système immunitaire cesse de produire des cytokines antivirales et produit à la place des cytokines pro-inflammatoires tueuses des poumons. On parle d’ « orage cytokinique ». Pour préciser, les cytokines sont des protéines qui jouent le rôle de signal permettant à certaines cellules d'agir à distance sur d'autres cellules pour en réguler l'activité et la fonction.

Il est tout de même effarant que presque deux ans après une médiatisation à outrance de cette maladie de par la planète toute entière, les chercheurs en médecine du monde entier ne se soient pas suffisamment penchés sur les mécanismes qui provoquent l’emballement immunitaire. L’on sait tout juste que cet emballement est favorisé par certaines comorbidités, notamment l’obésité.

Je pense avec sincérité que l’éradication du Covid-19 ne peut passer par le seul biais de la vaccination, mais par une politique plus globale, plus holistique, incluant également la prévention, la prophylaxie et le traitement de la maladie.

 

Politique holistique d’éradication de la maladie

La prévention consisterait à promouvoir des moyens de renforcement du système immunitaire : , les vitamines C et D, le zinc ont notamment été évoqués dans de nombreux articles depuis bientôt deux ans. Les émotions dites positives (joie, amour) nettement moins. Je crois également à une véritable politique de prophylaxie, incluant les gestes barrières, sans tous les atermoiements auxquels nous sommes confrontés depuis le premier confinement. Masque obligatoire, qui cesse de l’être puis qui le redevient, par exemple. J’ai l’impression que depuis le début de cette pandémie, le gouvernement français navigue à vue.

Par ailleurs, des études de l’institut Pasteur et des articles de l’American Journal of Therapeutics ou de la revue EMBO Molecular Medecine évoquent l’intérêt que présente l’ivermectine dans la prophylaxie et le traitement de la maladie. L’ivermectine est un médicament antiparasitaire. Et selon l’article référencé, ce médicament tue le virus en 48 heures.

https://www.santelog.com/actualites/covid-19-lantiparasitaire-qui-tue-le-virus-en-48-heures

Sans revenir sur la mise à l’écart de l’hydroxy-chloroquine, également un antiparasitaire,  la piste des médicaments antiparasitaires n’a pas suffisamment été exploitée selon moi. Le principe est simple et il mérite le détour. Lorsqu’un corps étranger se présente, la cellule met en œuvre des mécanismes pour l’empêcher de rentrer. Le Sars-CoV-2 a la capacité d’inhiber ce processus. Ceci lui permet de passer outre les mécanismes de protection de la cellule. Le médicament antiparasitaire vient contrecarrer cette inhibition, rendant ainsi à la cellule sa capacité d’autoprotection. A tout le moins, c’est ce que l’on espère obtenir, à terme.

 

En conclusion

La vaccination des mineurs de plus de douze ans est rendue possible depuis le 15 juin 2021. Et moins d’un mois après, le discours d’Emmanuel Macron rend pour ainsi dire la vaccination obligatoire pour l’ensemble de la population âgée de plus de douze ans. Sans avoir vraiment pris le temps de convaincre cette même population sur trois points essentiels :

-        Le besoin, autrement dit, on ne peut pas faire autrement,

-        L’innocuité, cela ne présente aucun danger pour les personnes vaccinées,

-        L’efficacité, cela vous assure de ne pas tomber malade.

Ces débats n’ont pas eu lieu, faute de temps. Le débat s’est déplacé sur : comment vais-je faire pour continuer à vivre normalement ? Vais-je conserver mon job si je ne me fais pas vacciner ? Vais-je devoir me soumettre à la pression sociale ? Vais-je devoir me mettre mes collègues, mes subordonnés ou mes clients à dos ?

Quel est ce pays où l’on ne donne aux gens que deux choix : être un cobaye ou être un paria ? Pour citer Friedrich Nietzche, « La liberté, c'est de savoir danser avec ses chaines. »

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27 avril 2020

En ces temps de confinement

« Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas se détester, mais comprendre. »

Baruch Spinoza.

 

Dans un article précédent, j’évoquais la fin du monde. Vaste fumisterie, disais-je… Pour autant, la période que nous vivons est si trouble : Surmortalité, obsèques à huis-clos, accroissement des inégalités avec certaines populations plus exposées que d’autres, droits et libertés rognés, notamment en matière de droit du travail. Et j’en passe.

Dans cette période si particulière, je constate beaucoup de désarroi. Comme vous l’avez remarqué, nous sommes abreuvés d’informations, comme aux temps des attentats du 11 septembre 2001. « Nous sommes en guerre ». Ce sont les mots d’Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée du lundi 16 mars 2020, ajoutant du vocabulaire viril, agressif et guerrier à un drame vécu par de nombreuses familles.  Dans ce contexte si anxiogène, cet article a pour ambition d’apporter quelques éclairages.

 

Baruch Spinoza

Dans l’ouvrage consacré à Baruch Spinoza (1632-1677),  Frédéric Lenoir (Le miracle Spinoza, Fayard, 2017) évoque la vie et l’œuvre de ce philosophe hollandais et juif d’origine portugaise. Baruch Spinoza était philosophe et polisseur de verres de lunettes. Pour y voir plus clair, peut-être… Son prénom signifie Béni, en hébreu. On le traduit plus volontiers par Benoît, de nos jours. Pour ce qui le concerne, en matière de « bénédiction », il a surtout subi un « herem », à savoir une excommunication et un bannissement de la part de sa communauté d’origine pour ses idées subversives. De santé fragile, il est mort prématurément, à l’âge de 44 ans, comme beaucoup de monde ces temps-ci, malheureusement.

Je ne vais pas tenter de résumer la pensée si vaste de ce philosophe. Dans l’optique du présent article, je retiens surtout que  Baruch Spinoza est le philosophe de l’immanence et de la joie.

L’immanence est ce qui provient de l’intérieur de soi, par opposition à la transcendance. La transcendance est cette doctrine philosophique qui constitue une sorte de fil rouge dans l’histoire de la philosophie. Platon notamment, qui sépare nettement le monde des idées et le monde de la matière.

A l’opposé de ce concept figure donc le concept d’immanence. En outre, Baruch Spinoza est « moniste », donc non-dualiste. Dieu et le monde qu’il a créé ne font qu’un. « Tout ce qui est, est en Dieu, et rien ne peut exister ni être conçu sans Dieu. » (Ethique, I, 15) Cela va évidemment à l’encontre des trois doctrines religieuses monothéistes qui séparent elles aussi un Dieu transcendant et sa Création.

Frédéric Lenoir publie à la fin de son ouvrage un échange épistolaire qu’il a eu avec Robert Misrahi, éminent spécialiste du philosophe hollandais du XVIIème siècle. La thèse de Robert Misrahi est que, du fait de ce qui précède, Baruch Spinoza ne pouvait être qu’athée. Frédéric Lenoir le conteste au sens où considérer que Dieu ne fait qu’un avec sa Création, c’est tout de même croire en Dieu :

« Et comme je l’explique dans le chapitre sur « le Dieu de Spinoza », sa vision non dualiste et immanente de Dieu rejoint de manière étonnante, celle des grandes sagesses de l’Inde ou de la Chine. Sans les avoir connues, Spinoza donne une définition du divin qui ressemble fort à celle du brahman hindou ou du Tao chinois. Belle preuve du caractère universel de la raison humaine ! »

De fait, la pensée de Baruch Spinoza place la raison au-dessus de tout et notamment au-dessus de la croyance religieuse monothéiste, trop infantile à son sens. Mais selon moi, cette pensée d’un dieu immanent est plus ouverte que les pensées purement athées, comme celle de Karl Marx (1818-1883)  ou celle de Sigmund Freud (1856-1939).

C’est également le philosophe de la joie. Il s’agit certes de placer la raison au-dessus de tout, mais de tenir compte de ces émotions qui nous gouvernent. Frédéric Lenoir (p. 174 de son ouvrage) le rappelle en évoquant la pensée de Baruch Spinoza : « L’être humain est fondamentalement un être de désir ».

C’est tellement précurseur de l’impasse dans laquelle la raison absolue nous a conduits. La science devait nous apporter le bien-être. Pour autant, la science n’a pas empêché les guerres, la domination sans partage et les souffrances qu’elle engendre. La science n’a pas empêché non plus une pandémie meurtrière de se répandre un peu partout sur la planète en l’espace de quelques mois seulement.

La pensée philosophique de Baruch Spinoza est également ouverte sur toutes les disciplines de bien-être d’origine asiatique  (médecine traditionnelle chinoise, médecine ayurvédique, yoga, etc.) qui placent les émotions – et non la raison - au centre de notre être. L’on peut dire qu’il était extrêmement en avance sur son temps !

Baruch Spinoza n’enferme pas sa pensée non plus dans l’idéalisme d’Hegel (1770-1831) ou dans le matérialisme de Marx. En ces divers sens, Baruch Spinoza est un des principaux artisans de la pensée philosophique moderne.

Je termine ce chapitre en citant Baruch Spinoza dans la Lettre LXXIII adressée à Henri Oldenburg: « (…) J’affirme, dis-je, avec Paul [Saint-Paul] et peut-être avec tous les philosophes anciens, bien que d’une autre façon, que toutes choses sont et se meuvent en Dieu ; j’ose même ajouter que telle fut la pensée des anciens Hébreux (…) »

Se rapprocher des sagesses les plus anciennes et être très en avance sur son  temps : telle était déjà l’idée sous-jacente…

 

L’apparition de la vie sur terre

Dans l’idée selon laquelle le spirituel et le matériel ne peuvent être séparés, pour quelle raison la vie est-elle apparue sur terre ? Ma conviction est qu’elle est apparue pour mettre de l’ordre dans le cosmos. En l’occurrence, l’étymologie de cosmos, c’est « ordre », précisément. En termes thermodynamiques, la vie est apparue pour réfréner l’expansion entropique de l’Univers. L’entropie, pour faire simple, c’est le niveau de désordre de l’Univers.

De quelle manière ? En organisant la transformation de la matière en un schéma, un plan ou un programme établi à l’avance. Ce programme est contenu dans une chaîne moléculaire appelée acide nucléique, Acide Ribonucléique (ARN) ou Acide Désoxyribonucléique (ADN).

Les ARN sont pour certains d’entre eux simple-brin et contiennent plusieurs milliers de nucléotides. Les ADN sont toujours double-brin et  contiennent plusieurs millions, voire plusieurs milliards de nucléotides. Donc, les ARN sont plus rudimentaires que les ADN. En toute logique, l’on peut aisément émettre l’hypothèse qu’ils sont plus anciens dans l’histoire géologique de la Terre. Pour mémoire, le matériel génétique d’un être humain est constitué d’ADN, à l’instar de celui des tous les êtres vivants au sens strict du terme, végétaux ou animaux.

Les virus sont des témoins encore présents de l’apparition de la vie sur terre, il y a de cela plus de 3,5 milliards d’années. Et de la transition encore mystérieuse entre le strictement minéral et le végétal. Simples analogues ou ancêtres potentiels des protozoaires – à savoir, les toutes premières formes de vie cellulaire ? Là non plus, le débat n’est pas tranché, comme le souligne  Gladys Kostyrka  dans sa thèse  « La place des virus dans le monde vivant », Gladys Kostyrka, Philosophie, Université Panthéon Sorbonne, Paris I, 2018 (Français. NNT : 2018PA01H225), p. 182.

Le débat sur la nature vivante ou non des virus n’est pas tranché non plus. Le virus n’a pas la capacité d’autoreproduction qui est un des attributs du vivant. Pour fonctionner et se reproduire, il a besoin d’une cellule-hôte. Pour autant, il a cette capacité d’adaptation de son matériel génétique à l’aide de mutations. Ce qui tendrait à le classer parmi les êtres animés.

Le matériel génétique d’un virus est son acide nucléique; ARN ou ADN, c’est selon. Le coronavirus qui affecte le monde entier en ce moment est un virus à ARN. Ce matériel génétique est recouvert d’une couche protectrice protéinée, la capside et d’une enveloppe externe lipo-protéinée. L’enveloppe externe du coronavirus présente des protubérances qui font penser à une couronne solaire. D’où son nom. Comme ce n’est pas tout à fait un être vivant, l’on ne peut pas « tuer » un virus à proprement parler. Notamment, il est impossible de le « tuer » avec un bactéricide. Il est également impossible de le faire entrer en compétition avec un antibiotique, comme pour les bactéries ou les bacilles. Ce que l’on peut faire en revanche, c’est tenter de le désintégrer.

Le savon de l’eau savonneuse porte atteinte à l’enveloppe lipo-protéinée. La mousse du savon coupe la graisse contenue dans l’enveloppe. L’alcool du gel hydro-alcoolique portera atteinte à cette enveloppe, pour peu que son degré dépasse 65 °. La chaleur également, mais au-delà  d’une soixantaine de degrés Celsius. Autrement dit, la fièvre dont les malades du coronavirus sont atteints est largement insuffisante pour venir à bout du virus. De même, tout mélange à base de chlore portera atteinte à la capside cette fois, à condition que le titre de chlore soit suffisamment élevé.

Les molécules du virus sont très stables en milieu froid ouvert ou fermé comme les airs conditionnés des climatisations domestiques ou automobiles. Ces molécules ont également besoin d’humidité et surtout d’obscurité pour se maintenir stables.  Autrement dit, dans les ambiances sèches chaudes et avec beaucoup de lumière, les virus se dégradent très rapidement.

En outre, la lumière ultra-violette désintègre la protéine du virus, si ce dernier y est exposé.

Dès lors, il ne serait pas étonnant que le SARS-Cov-2, autrement appelé Covid-19, soit apparu chez la chauve-souris, qui habite des grottes, pour la plupart d’entre-elles et qui vit la nuit. Ce virus s’appelle SARS (ou SRAS), comme le SARS-Cov-1, apparu en 2002-2003 dans les pays du sud-est asiatique, déjà. SRAS, pour Syndrome Respiratoire Aigu Sévère.  Et Covid-19 comme COrona VIrus Disease – 2019.

Je dis : « il ne serait », parce qu’après tout, l’apparition du coronavirus sur un marché aux animaux de Wuhan, en Chine au mois de novembre dernier est l’information qui est véhiculée à présent. Mais est-ce source sûre ? On entrevoit bien cette logique propre à la plupart des maladies émergentes, néanmoins. Réduction des espaces de vie des animaux, réductions des populations animales et par voie de conséquence, mutation des maladies infectieuses pour s’attaquer à  notre espèce en pleine expansion, quant à elle.

 

L’Histoire des épidémies

Comme l’affirme l’anthropologue Frédéric Keck (Télérama n°3663, p. 6), « La grande peste de 1350 [appelée peste noire], qui a tué un tiers des européens, s’explique par le fait qu’il y avait d’importants mouvement de personnes et de marchandises durant les foires à la fin du Moyen Âge. »

Frédéric Beck insiste également sur l’épidémie de variole qui a décimé la population de Mexico en 1520, conséquence de la « première mondialisation », selon lui.

L’on peut en dire autant lors de la pandémie de grippe espagnole entre 1818 et 1919, encore liée à des mouvements de populations. Force est de le constater, en lisant « La mondialisation géostratégique » de Bernard Amnon Nadoulek et Elisabeth Houy, (Activités), la mondialisation ne date pas d’hier ! Le début du XIIIème siècle coïncide avec l’expansion mongole et les croisades. Déjà, des croisements de populations. Le XVIème siècle et le XIXème siècle sont les deux grandes étapes de la mondialisation colonialiste, sur le continent américain, puis dans le reste du monde. Encore des croisements de population.

Mais disons-le tout net : un prétendu nettoyage de la terre qui interviendrait tous les 100 ans ne résiste pas à l’analyse. Les épidémies sont malheureusement beaucoup plus fréquentes. La date de 2020 n’est peut-être que le fruit d’une coïncidence. En revanche, je veux retenir ici le facteur aggravant des mouvements de populations dans la propagation des maladies. Ce à quoi nous avons assisté lors de la propagation du coronavirus ces dernier mois.

Force est de le constater, les mouvements de populations ont pris une ampleur inédite, en ce début de XXIème siècle : voulus, dès lors qu’il s’agit de voyages touristiques ou de migrations choisies, ou imposés, dès lors que la misère, la dictature ou la guerre vous chassent de chez vous. Outre les aspects dramatiques de ces mouvements de population (arrachement à la terre ancestrale, naufrages en mer, mauvais traitements, etc.), je souhaite retenir ici les effets positifs : découvertes d’autres cultures, d’autres types de constructions de personnalités. Cela permet de relativiser notre culture et notre civilisation. Et c’est bien ainsi.

En tout état de cause, si tel est le cas, pourquoi un virus qui se cantonnait jusque-là aux chauves-souris, est parvenu à muter pour s’adapter aux pangolins, puis à muter encore pour s’adapter à l’être humain ? Si tel est le cas, car c’est juste une hypothèse parmi d’autres… Même s’il est peut-être un peu tôt pour procéder à une analyse complète de ce phénomène, les animaux voient leurs biotopes s’amenuiser, leurs territoires se réduire, comme l’analyse Gilles Salvat, docteur vétérinaire et directeur général de la recherche à l’ANSES1 : «  C’est un grand pays qui a pas mal bouleversé ses écosystèmes avec culture et élevages gigantesques ». (Source France-Info) La biodiversité est elle-même menacée et une sixième vague d’extinction massive est peut-être en train de se produire sous nos yeux. Pour situer, la cinquième vague d’extinction massive est la plus célèbre ; c’est celle de la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d’années.

Contrairement à ce que l’air du temps nous fait accroire, un virus n’a pas d’intention belliqueuse et ne cherche qu’à se développer. Dans un  contexte de réductions des biotopes et de confusion des espaces entre animaux domestiques et animaux sauvages, il n’est pas étonnant qu’un virus soit parvenu à coloniser des espèces voisines les unes des autres. Même si, l’on est d’accord, il est impossible de prêter une quelconque intention à un être pas tout à fait vivant de 40 nanomètres (4. 10-8 m) !

En tout état de cause, c’est bien l’expansion humaine et son corollaire, l’expansion capitaliste qui sont en cause, à présent. Comme je l’ai développé dans un article précédent, le capitalisme mène une double prédation : prédation sociale avec l’épuisement des ressources appelées abusivement « humaines » et « prédation environnementale » avec l’épuisement des ressources de la planète.

A cet égard, je voudrais donner deux exemples, le jour du dépassement et quelques consommations moyennes nationales. Le jour du dépassement correspond à la date de l’année, calculée par l’ONG américaine Global Footprint Network,  à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète est en mesure de régénérer en un an. Ce jour était calé au 7 décembre en 1990. Il est intervenu le 29 juillet l’an dernier, en 2019. Et une aggravation très nette s’est produite à la fin des années 2000.

Quant aux consommations moyennes nationales, si tout le monde devait consommer comme un Chinois, il faudrait une planète afin de subvenir à l’ensemble de l’humanité. Si tout le monde consommait comme un Français, il faudrait 2,5 planètes pour subvenir à nos besoins. Si tout le monde consommait comme un Américain, cette fois, il faudrait cinq planètes !

Et tout cela, dans un contexte de relative indifférence générale vis-à-vis de l’arrogance des puissants capitalistes et de leurs thuriféraires. Dans son ouvrage « Les combats du clair-obscur », (Un point c’est tout !, 2019, p. 17), Benjamin Amar, syndicaliste, dénonce le « délire » de Francis Fukuyama et Alexandre Kojève « sur « la fin de l’histoire » autour du mariage sacré et béni de la démocratie libérale et du capitalisme libéral » à la suite de la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et de la disparition du bloc communiste en 1991. Plus loin dans cet ouvrage (p.135), Benjamin Amar évoque Warren Buffet, l’homme d’affaire et investisseur américain, qui « a ainsi déclaré il y quelques années : « la lutte des classes existe et c’est la mienne, celle des riches qui est en train de la gagner. » Affligeant.

A ce sujet, pourquoi le virus est-il parti de Chine, pays a priori communiste et qui consomme a priori raisonnablement ? La Chine entretient l’illusion du communisme et de la consommation raisonnable. Le communisme chinois n’est qu’une mascarade. La Chine est en réalité un pays tout aussi capitaliste que les pays occidentaux. Ce capitalisme moins affiché y est aussi plus débridé. Notamment, les normes environnementales y sont moins sévères qu’en occident. Qui a visité Pékin ces dernières années en est témoin, le fond du ciel est toujours laiteux… En outre, les prises de conscience écologiques et de décroissance, encore balbutiantes dans nos contrées occidentales, n’ont absolument pas droit de cité dans un pays comme la Chine. Jusqu’à cette crise sanitaire majeure, seul comptait pour les autorités chinoises un taux de croissance à deux chiffres. Raison de plus pour un capitalisme sans limites. Par ailleurs, la consommation moyenne chinoise masque une réalité beaucoup moins séduisante : des populations entières vivent dans la misère la plus noire.

La Chine est paradoxalement le parangon d’un système capitaliste débridé et doublement prédateur.

Et c’est d’autant plus surprenant que la Chine est le berceau d’une sagesse multimillénaire. Les sagesses de soins, de préservation et de combat existaient dans toutes les civilisations de la planète, il y a plusieurs millénaires. Seules des civilisations comme la Chine et l’Inde qui ont connu des ruptures civilisationnelles tardives ont réussi à maintenir dans leurs cultures leurs sagesses ancestrales. Les sagesses égyptiennes, précolombiennes ou druidiques ont connu des ruptures civilisationnelles à la fois trop anciennes et trop brutales pour être aussi bien préservées. Et encore, en Chine, ce fut au prix de rudes batailles. La Révolution Culturelle de 1949 voyait ces sagesses ancestrales et spirituelles comme des superstitions totalement incompatibles avec le matérialisme marxiste qui animait ses dirigeants. C’est paradoxalement en Europe et aux Etats-Unis que certains maîtres chinois sont venus se réfugier.

Quant à l’Europe, justement, l’on peut se réjouir qu’un philosophe hollandais d’origine juive ait fait preuve d’une bravoure inouïe pour s’opposer à la civilisation judéo-chrétienne qui l’avait porté, pour mieux se rapprocher de la sagesse originelle de cette dernière, justement.

 

L’impréparation de nos gouvernants et des autorités sanitaires

A cela, je voudrais ajouter l’impréparation de nos gouvernants et des autorités sanitaires. Cela fait des années que les personnels des hôpitaux crient leur manque de moyens. Pour autant, des milliers de lits ont été supprimés ces dernières années, sans parler des suppressions d’effectifs afférentes. Pire, il est même question de supprimer des postes de personnels hospitaliers dans le Grand-Est, une fois la crise sanitaire passée.

A cela s’ajoute, le manque de matériel : le manque de masques, de blouses, de gel hydro-alcoolique, de respirateurs. C’est le tissu industriel français que nos dirigeants ont laissé fondre ces dernières années avec les conséquences que l’on sait. Trois exemples : les masques, les respirateurs et les tests.

Une entreprise bretonne fabriquait des masques sur le territoire français. A la suite de diverses cessions, cette entreprise rentable et bénéficiaire a mis la clé sous la porte en 2018. Par ailleurs, à l’initiative de Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, le stock stratégique de masques de l’Etat a été porté à un milliard de masques en 2010. A la suite de décisions incompréhensibles de Marisol Touraine et de Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé, ce stock n’était plus que de 117 millions de masques en 2018. Il convient de préciser que Jérôme Salomon est toujours en exercice à ce jour.

Quant aux respirateurs, en voyant ce qui se passait en Chine depuis le mois de décembre 2019, nombre d’entreprises du secteur industriel auraient pu anticiper et mettre en œuvre des coopérations afin de concevoir et de construire des respirateurs. C’est précisément ce qui se produit à présent, justement. Mais c’est bien tard. Qui plus est, sous une impulsion gouvernementale bien ciblée, d’autres entreprises auraient pu réorienter leur production pour participer à cet effort. L’impulsion n’a pas eu lieu. Pas suffisamment et pas suffisamment tôt, en tous les cas.

Quant aux tests, on peut s’étonner que l’Allemagne et la Corée du Sud aient pu mettre en œuvre une politique de tests massifs et que la France en soit toujours incapable.

Par ailleurs, je voudrais aussi souligner l’impréparation de nos gouvernants et de notre monde médical conventionnel, qui ne travaille pas assez sur la prévention et sur le renforcement du système immunitaire de chacun. Pourtant des solutions existent : la nutrition, avec les vitamines C et D, les omégas 3, la limitation du stress oxydatif avec la pratique sportive ou autre, sans parler des médecines alternatives qui quant à elles, travaillent déjà beaucoup sur la prévention. Le renforcement de ce système immunitaire ne passe certainement pas par la prescription de médicaments de type allopathique, qui agissent plutôt comme des béquilles.

En outre, je voudrais dénoncer l’impréparation des laboratoires pharmaceutiques. Certes beaucoup d’efforts ont été consentis dans le domaine de la recherche contre le SIDA. Mais concernant la prophylaxie curative contre les autres virus, y compris celui d’une simple rhinite, rien ou presque n’a été fait ces dernières années. A titre d’exemple, si vous n’avez pas été vacciné contre la grippe et que vous êtes atteints par cette maladie, vous devez attendre la guérison sans réel moyen pour la hâter.

Pour finir, évoquons ici la déclaration hâtive d’Agnès Buzyn le 24 janvier, alors qu’elle était encore ministre de la Santé. Cela fait frémir. Elle déclarait sans ambages à ce moment que le risque d’importation de la maladie depuis Wuhan était minime (Source France-Info).

A ces divers titres, la seule solution était le confinement et ce, afin de ne pas engorger les services de réanimation dans les hôpitaux. Comme le souligne Frédéric Keck dans l’article cité plus haut, cette politique du confinement donne raison au modèle chinois « à partir d’un dosage inédit entre capitalisme, autoritarisme et anticipation des catastrophes écologiques ». A titre personnel, je n’aurai jamais imaginé qu’en temps de paix, les populations d’une bonne moitié de la planète accepteraient sans trop rechigner de voir leurs allers et venues strictement contrôlés. C’est pourtant ce qui se produit en ce moment.

 

Les populations exposées et les autres

L’on aurait pu penser qu’au-delà du consentement quasi-général à respecter le confinement, cette crise sanitaire donnerait lieu à une concorde sociale sur les sujets brûlants du moment. Il n’en est rien. L’actualité syndicale que je vis dans mon activité de militant est faite de salariés qui vont travailler la peur au ventre, d’employeurs qui rechignent à mettre en place les dispositifs AMELI pour garde d’enfant, pour les salariés qui y sont éligibles et de salariés qui  continuent d’être licenciés comme si de rien n’était.

Je voudrais souligner que les populations dites «  en première ligne », selon un vocabulaire guerrier et bien maladroit en la circonstance, sont principalement des femmes : médecins, infirmières, aides-soignantes, caissières de supermarché, aides à domicile. On le sait, tous ces métiers sont très féminisés. Je profite de cet article pour leur tirer mon chapeau et les remercier pour leur engagement.

Pour les autres, le Dr Raffaele MORELLI, psychiatre et psychothérapeute italien, déclare dans un article récent :

« Dans une société fondée sur la productivité et la consommation, dans laquelle nous courons tous 14 heures par jour après on ne sait pas bien quoi, sans samedi ni dimanche, sans plus de pause dans le calendrier, tout à coup, le «stop» arrive. »

Et si ce n’était l’aspect dramatique de cette crise sanitaire, aspect dramatique qui nous traumatise tous, ce «  stop » est salutaire et il arrive à point nommé. Pour deux raisons :   souffler un peu dans cette vie trépidante que nous menons et mieux respirer parce que la qualité de l’air s’améliore. Le Dr MORELLI écrit encore : « L’air s’améliore ; on utilise un masque, mais on respire… ». C’est également le cas en Chine, la baisse de l’activité économique a eu des répercussions positives immédiates sur la qualité de l’air dans les mégapoles chinoises.

Je voudrais également évoquer ici le changement de condition humaine qui nous frappe tous de manière assez brutale et assez inattendue. Même si ce n’est pas comparable, ce confinement nous fait penser au triste sort des prisonniers dans leurs cellules, privés de parloir depuis des semaines, au confinement des retraités dans les EHPAD, également privés de visites, jusqu’à la mise en place de parloirs, toute récente. Voilà des personnes confinées en temps normal dans l’indifférence générale. Gageons que notre sensibilité à l’égard de ces personnes-là sera plus forte après le confinement. A tout le moins, c’est l’espoir que je formule ici.

L’après-confinement ne nous fera pas revenir au temps d’avant. Déjà, l’on peut supposer que pendant une période plus ou moins longue, nous allons laisser derrière nous les accolades, les mains serrées, les embrassades, bref une bonne partie de ce qui fait le sel d’une relation sociale épanouie. Les téléréunions et les « télé-apéros » sont une trouvaille, c’est vrai. Et à ce titre, ces nouvelles pratiques perdureront et se développeront, j’en suis convaincu. Cela ne remplace pas une réunion présentielle pour autant.

 

Pour conclure

Pour conclure, je reprends à mon compte les propos du Dr MORELLI : « Je crois que le cosmos a sa façon de rééquilibrer les choses et ses lois, quand celles-ci viennent à être trop bouleversées. »

Selon, moi c’est bien la pression exercée par l’expansion humaine qui a porté atteinte à la biodiversité et qui induit l’émergence de nouvelles maladies. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous sommes loin d’être à l’abri d’une nouvelle maladie émergente dans les prochaines années. Gageons que cette fois, l’anticipation aura bien lieu en termes de matériel, de moyens hospitaliers, d’effectifs de personnel hospitalier et autres. Je laisse mon aimable lecteur en juger.

En tous les cas et dans un tel contexte, je suis surpris que dans certaines entreprises, l’on demande aux salariés de contribuer à un « effort national » en leur imposant des jours de congés par exemple, dans l’esprit de l’Ordonnance n° 2020-323 du 25 mars 2020 portant mesures d’urgence en matière de congés payés, de durée du travail et de jours de repos. Le confinement a été évité dans d’autres pays et moyennant plus de préparation, il aurait pu être évité ici en France. Pour ma part, je milite pour une indemnisation intégrale des salariés avec un chômage partiel rémunéré à 100 %.

Le fait est,  de par le passé, toutes les épidémies ont été des occasions pour les pouvoirs en place de rogner sur nos libertés. Ceci au nom de plus de sécurité. Celle-ci ne déroge pas à la règle. En matière de droit du travail, c’est un temps de travail hebdomadaire maximal porté à 60 heures au lieu de 48, un repos quotidien réduit à 9 heures au lieu de  11 heures, la décision unilatérale des employeurs d’imposer des congés et/ou des RTT à leurs salariés, pour ne citer que ces exemples. Et en matière de surveillance généralisée, le gouvernement français réfléchit à des systèmes de pistage qui font penser à une espèce de « Big brother », qui deviendrait réalité, comme c’est déjà le cas en Chine.

Et le Dr MORELLI poursuit dans son article : « Dans un climat social où penser à soi est devenu la règle, le virus nous envoie un message clair : la seule manière de nous en sortir, c’est la réciprocité, le sens de l’appartenance, la communauté, se sentir faire partie de quelque chose de plus grand, dont il faut prendre soin, et qui peut prendre soin de nous. » 

C’est  ainsi que la pensée moderne rejoint la pensée spinozienne et les sagesses plus anciennes. Nous ne faisons qu’un avec la Nature et nous sommes interdépendants. La Nature n’est pas seulement bienfaitrice et vulnérable. Elle peut également être une menace. Et outre la tragédie que nous sommes en train de vivre, cette menace vient en quelque sorte du fond des âges, comme pour nous imposer le respect.

 

 

Sources :

1 : ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement, et du travail

Le miracle Spinoza, Frédéric Lenoir, Fayard, 2017.

Ethique, Baruch Spinoza, Première partie et fragments, Classiques Larousse.

« La place des virus dans le monde vivant », Gladys Kostyrka, Philosophie, Université Panthéon Sorbonne, Paris I, 2018 (Français. NNT : 2018PA01H225), p. 182.

« La mondialisation géostratégique » de Bernard Amnon Nadoulek et Elisabeth Houy, Activités 

Télérama n°3663, du 28 mars au 3 avril 2020,  Interview de Fréderic Keck.

Global Footprint Network: https://www.globalfootprintnetwork.org

https://vincennes-saint-mande.catholique.fr; Raffaele MORELLI, Coronavirus

https://mobile.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-enquete-sur-le-p4-de-wuhan-ce-laboratoire-en-partie-finance-par-la-france-ou-a-ete-identifie-le-virus_3920783.amp

Big brother, personnage de 1984, George Orwell, Gallimard, 1950

Les combats du clair-obscur, Réflexions sur les modalités de la lutte, Benjamin Amar, Un point c’est tout !, 2019,

Ordonnance n° 2020-323 du 25 mars 2020 portant mesures d’urgence en matière de congés payés, de durée du travail et de jours de repos.

12 décembre 2018

MARIANNE

La peine. Celle que j’ai éprouvée lorsque j’ai vu l’image de buste de la Liberté guidant le peuple défigurée, éborgnée, samedi 1er décembre 2018, en marge de la manifestation des Gilets Jaunes à Paris, sur la Place de l’Etoile. La Liberté guidant le peuple figure au frontispice de l’Arc de Triomphe qui fut tagué ce  jour-là. La Liberté guidant le peuple nous rappelle le tableau éponyme réalisé par Eugène Delacroix en 1830. Et Marianne, bien entendu. Défigurer une statue. Geste bien dérisoire et pour autant, bien symbolique.

 

Marianne

Qui est Marianne ? L’héroïne d’une chanson datant du début de la Première République, en 1792. C’est également un prénom féminin très commun en cette fin du XVIIIème siècle et surtout très populaire.  Quel plus beau symbole que d’associer à cette république naissante un prénom féminin et populaire, dans une société patriarcale et dominée par l’aristocratie ? Quel beau pied de nez !

Pour revenir sur le mouvement des Gilets Jaunes, tout est parti du projet de taxe Carbone. Quelques centimes de plus par litre de Gasoil. L’étincelle. Ce mouvement social sans précédent a été déclenché le 17 novembre 2018, mais vient de très loin. J’évoquerai les revendications de ce mouvement dans cet article, bien entendu. Je m’arrête un instant sur la couleur : le jaune. C’est une couleur vive qui permet aux personnes qui l’arborent de se reconnaître de loin. C’est une couleur qui porte émotionnellement, comme ce que j’ai pu constater lors de manifestations d’indépendantistes catalans dont j’ai été le témoin récemment.

J’ai néanmoins été estomaqué par le déferlement de violence à Paris, mais aussi à Toulouse, au Puy-en-Velay, à Marseille et un peu partout en France en ce samedi 1er décembre 2018. Il apparaît à présent que les forces de l’ordre ont été dépassées. Leur stratégie de type « fan-zone » afin de protéger l’Avenue des Champs-Elysées n’était pas adaptée.  Il aurait fallu des forces plus nombreuses et plus mobiles.

Les casseurs de tout poil, qu’ils soient de l’ultra-gauche, de l’ultra-droite ou d’ailleurs se fichent éperdument des revendications des Gilets Jaunes qu’ils accompagnent. L’idée ici consiste plutôt à casser et à piller sans vision du lendemain et des conséquences. C’est plutôt consternant.

C’est d’autant plus consternant que les syndicats de transformation sociale, CGT en tête, tentent depuis des décennies d’organiser des manifestations déclarées, avec un parcours préétabli, avec un début et une fin. Et sans grand résultat, excepté pour la réforme des retraites en 1995 ou le Contrat Première Embauche, en 2006.

Depuis lors, le train de réformes gouvernementales n’a fait qu’asséner des coups de boutoir aux salariés, comme aux artisans ou aux petits entrepreneurs. Je me permets de revenir ici à titre d’exemple sur les différentes réformes du Code du Travail. On a eu beau faire et beau dire, ces reformes se sont enchaînées les unes aux autres.

 

Les réformes du code du Travail

Qu’est-ce que la hiérarchie des normes, tout d’abord. C’est un principe républicain qui veut que tout norme dite supérieure, c’est à dire établie à un plus haut niveau, s’impose de fait à une norme dite inférieure, c’est à dire à un plus bas niveau. Ainsi une directive européenne s’impose à une loi nationale, un accord de branche (une convention collective nationale) s’impose à un accord d’entreprise. La norme dite inférieure ne peut dans ce cas qu’améliorer la norme dite supérieure.

Petit à petit cette hiérarchie des normes va être inversée.

 

Loi du 4 mai 2004 sur la Formation Professionnelle et le dialogue social, dite loi FILLON.

Cette loi enfonce un premier coin dans la hiérarchie des normes. L’air de rien. Les gouvernements successifs, qu’ils soient de fausse gauche ou de vraie droite, se sont toujours appliqués à pratiquer le principe de la grenouille dans l’eau tiède. Ce principe qui veut que la grenouille, confortablement installée dans son eau tiède, ne se rend pas compte que le cuisinier est en train de porter la marmite à ébullition !

Dans le cas d’espèce, la Loi Fillon de 2004, autorise pour la première fois un accord d’entreprise à déroger à l’accord de branche. Alors qu’en principe, l’accord de branche lui est supérieur.

Vu de loin, tout cela peut paraître séduisant. Le législateur rapproche ainsi le processus de décision du terrain, de l’endroit précis où la relation de travail se vit. Cependant, par ce biais, le législateur méconnaît le rapport de force au sein de l’entreprise, entre les intérêts de l’employeur et ceux des salariés. D’autant plus si cette entreprise est de petite taille. Le rapport de force est en faveur de l’employeur, ne serait-ce que de par l’existence du lien de subordination. Et ce, de manière écrasante.

 

Loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail.

C’est l’acte II.  Aux termes de cette loi, le seuil de représentativité d’une organisation syndicale est fixé à 10% des voix dans les entreprises et à 8% au niveau de la branche professionnelle. Les règles de validité des accords sont aussi modifiées : pour être valable un accord devra avoir été signé par des organisations syndicales représentant au moins 30% des suffrages et ne pourra s’appliquer que s’il n’y a pas d’opposition émanant d’organisations ayant recueilli au moins 50% des suffrages.

Vu de loin, cela paraît tout aussi séduisant. Ne surnagent que les entreprises qui ont obtenu un score de 10 % aux élections du Comité d’Entreprise Titulaires. Pour les autres, à la trappe, tant pis pour elles ! Si l’on dresse le bilan de cette réforme, au bout de 10 ans, force est de constater qu’elle a asséché le syndicalisme. La pluralité syndicale, notamment. La  contribution syndicale à la richesse de la relation sociale a elle-même été asséchée.

Cette loi prévoit également que les entreprises pourront fixer elles-mêmes par accord le contingent d’heures supplémentaires ainsi que les contreparties en repos pour les salariés. Le temps de travail, cheval de bataille de la droite conservatrice et d’un patronat libéral ultra-revanchard depuis la mise en place des 35 heures au 1er janvier 2000, revient par la petite porte…

 

Loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi

Acte III. Aux termes de cet accord, au cas où l’entreprise rencontre de graves difficultés conjoncturelles, un employeur pourra conclure, pendant 2 ans maximum, un accord avec des syndicats représentant plus de 50% des salariés pour aménager le temps de travail et la rémunération (sans diminuer les salaires inférieurs à 1,2 Smic). En cas de refus du salarié des mesures prévues par l’accord, la rupture du contrat de travail s’analyse comme un licenciement économique.

Toujours aux termes de cette loi, en cas de licenciement individuel, le salarié qui conteste son licenciement peut conclure un accord devant les prud’hommes lui permettant d’obtenir une indemnité forfaitaire fixée en fonction de son ancienneté. Les délais de prescription pour une contestation en justice sont ramenés de cinq ans à deux ans.

Par petites touches, les acquis sociaux sont rognés. Notamment les droits des salariés qui contestent leur licenciement devant les prud'hommes. Mais le gouvernement HOLLANDE ne s’arrête pas là. Son Ministre de l’Economie et des Finances, un certain Emmanuel MACRON, est particulièrement à la manœuvre.

 

Loi du 6 août 2015 pour la croissance et l’activité et égalité des chances économiques, dit Loi MACRON.

Acte IV. On se souvient du passage en force du gouvernement VALLS, au moyen de l’article 49, alinéa 3 de la Constitution Française, qui permet à un gouvernement d’engager sa responsabilité devant l’Assemblée Nationale et ce faisant, de passer outre le vote d’une loi devant ladite assemblée.

En outre, cette loi étend la possibilité de recours au travail dominical. La loi prévoit également une réforme de la justice prud’homale pour simplifier les procédures pour réduire les délais. Au travers de cette loi, Emmanuel MACRON tente une première fois de « barémiser » les Dommages et Intérêts obtenus au Conseil des Prud’hommes en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Sans y parvenir. Ce n’est que partie remise.

Au bout de trois ans, le bilan de la réforme prud’homale est consternant. Les affaires traitées aux prud’hommes sont en baisse constante, d’année en année.  Cela pourrait faire croire que la conflictualité de la relation de travail a globalement baissé en France. C’est tout à fait inexact.

En réalité, lorsqu’une simple feuille recto-verso suffisait pour effectuer une saisine auparavant, à présent, un dossier complet – avec conclusions et pièces - est nécessaire dès la saisine. Les démarches sont plus complexes, plus exigeantes techniquement. Aussi, beaucoup de salariés renoncent-ils à se défendre.

 

Loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation du parcours professionnel, dite Loi EL-KHOMRI, ou Loi TRAVAIL.

Acte V. Le texte apporte plus de souplesse aux entreprises pour adapter le temps de travail, de repos et de congés en tenant compte des variations de l’activité de l’entreprise. Dans ces domaines, les accords d’entreprise peuvent prévaloir sur les accords de branche. Pour ce faire, les accords d’entreprise doivent être signés par des syndicats représentant plus de 50% des salariés aux élections professionnelles et non plus 30 %, comme auparavant. En l’absence de majorité, les syndicats minoritaires (mais dont la représentativité dépasse néanmoins les  30%) peuvent demander l’organisation d’un référendum d’entreprise pour valider l’accord.

Par ailleurs, ce texte de loi facilite le recours aux licenciements économiques en ajoutant des motifs de licenciement, notamment la réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité.

Ce texte de loi réforme également la médecine du travail. La visite médicale à l’embauche est à présent limitée aux seuls emplois à risque. Auparavant, les employeurs perdaient systématiquement en contentieux prud’homal pour visite médicale d’embauche non effectuée. Voilà un problème que les employeurs n’auront plus !

L’inversion de la hiérarchie des normes est à présent actée, dans le domaine du temps de travail. Les chefs d’entreprise, sûrs d’un rapport de force nettement en leur faveur vont pouvoir s’y atteler.

Les quatorze manifestations toulousaines auxquelles j’ai participé aux cours de l’année 2016 n’y auront rien fait. A nouveau, passage en force du gouvernement, au moyen de l’article 49, alinéa 3 de la Constitution. La loi passe, comme les précédentes. Mon aimable lecteur notera au passage le recours systématique à la promulgation estivale, plus propice à faire passer des lois injustes et régressives pour les salariés.

 

Ordonnance du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et à la sécurisation des relations de travail, dite Ordonnance MACRON.

Acte final. Selon le pouvoir, cette ordonnance est légitimée par un choix des urnes tout récent à cette époque. Emmanuel MACRON vient de remporter l’élection présidentielle avec 66 % des voix au deuxième tour. Et les élections législatives qui suivent. Ce texte fixe en outre un barème d’indemnisation, avec un plancher et un plafond, pour les indemnités prud’homales accordées aux salariés licenciés de façon irrégulière ou sans cause réelle et sérieuse.

Toutes les tentatives gouvernementales et patronales précédentes de « barémisation » des Dommages et Intérêts en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse avaient échoué. Celle-ci réussit ! En pareil cas, les Dommages et Intérêts figurent à présent sur une grille avec un minimum et un maximum qui dépendent uniquement de l’ancienneté du salarié et de l’effectif de l’entreprise. Et ce, indépendamment de l’ampleur du préjudice subi ! Toutefois, dernière digue à résister aux coups de boutoir patronaux : ce barème ne s’applique pas en cas d’atteinte aux droits fondamentaux du salarié, de harcèlement,  de discrimination ou de nullité du licenciement.

Le texte étend également les domaines d’application des accords d’entreprise. Encore mieux, si l’on peut dire, en cas de refus du salarié des mesures prévues par l’accord, la rupture du contrat de travail s’analyse comme un licenciement pour cause réelle et sérieuse, cette fois et non plus comme un licenciement économique.

Force est de constater que la mobilisation syndicale pour s’opposer à cette ordonnance n’est pas suffisamment au rendez-vous, lors de le l’été 2017. Tant d’années de luttes infructueuses finissent par user, peut-être… Cette ordonnance montre également les limites du syndicalisme réformiste. Les réformistes avaient obtenu l’abandon de la « barémisation » en 2015 et en 2017, CFDT en tête. Celle-ci est revenue en plat froid en 2017.

 

L’usure syndicale.

Le mouvement des Gilets Jaunes tend à démontrer qu’une certaine partie de la population ne se sent plus représentée ni par les partis, ni par les syndicats. On imagine qu’en 1968, un tel mouvement de ras-le-bol aurait été encadré par la CGT. A présent, pas d’encadrement. Pas de représentation nationale non plus.

A propos des syndicats, mon analyse est la suivante. Les syndicats ont souffert des trois phénomènes ces dernières années.

 

Les affaires

L’affaire Thierry LE PAON en 2015, avec son bureau «  luxe » à 21000 euros, ou l’affaire Pascal PAVAGEAU cette année, avec son fichier de « têtes de Turcs » – « trop intelligent pour intégrer le bureau fédéral… » - font penser à une caricature, une pantalonnade. Surtout, ces affaires ont discrédité durablement le mouvement syndical.

 

L’imprégnation

A plus petit niveau, l’on voit certains syndicalistes s’imprégner des mœurs, comportements et idéologies patronaux parce que c’est naturel. Les syndicalistes, peu nombreux parfois, passent d’autant plus de temps en réunion avec leurs employeurs, les tutoient, sympathisent, établissent des convergences d’intérêts, etc. Comment s’opposer frontalement ensuite ? C’est plus compliqué.

 

L’écrasement des corps intermédiaires.

Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse que de mettre à bas les corps intermédiaires et notamment les syndicats, jugés comme empêcheurs de tourner en rond. Pas tant que cela, au vu de ce qui précède, mais c’est un détail. L’idée consiste à confronter l’individu directement à l’état, sans intermédiaire, comme dans l’esprit initial de la Révolution Française de 1789.

J’y vois là une manœuvre des différents gouvernements en vue d’instaurer sciemment un régime qui ne fonctionne pas. C’est bien la raison pour laquelle les syndicats sont autorisés depuis 1884.

 

Les revendications

Et surtout, on voit à présent le résultat. Une partie de la population préfère se montrer, gilet jaune sur les épaules plutôt que d’attendre quoi que ce soit d’une représentation, qu’elle soit politique ou syndicale.

Casseurs aidant, il s’ensuit une atmosphère insurrectionnelle. Les événements du samedi 8 décembre 2018 viennent le confirmer, avec leur cortège d’affrontements, de dégradations, de pillages et de casse.

Pour autant, les revendications des Gilets Jaunes sont plutôt orientées justice sociale et peuvent être à ce titre classées à gauche. Par ailleurs, les tentatives de récupération politiques ont été inefficaces, notamment celles provenant des extrêmes.

Il n’en reste pas moins que l’on peut les classer en cinq catégories.

 

Moins d’impôts, de taxes et de cotisations

Les fins de mois difficiles, surtout quand la « fin de mois » démarre le 2 du mois en cours. Comment concilier fin de mois et fin du monde, dans ce cas, pour reprendre la formule à la mode ?

A ce titre, la suppression de la taxe Carbone pour l’année 2019 est largement insuffisante. On dit aux gens qui n’ont plus rien : « Soyez contents, l’on ne va pas vous prélever plus ! » C’est du cynisme.

Par ailleurs, les gens ne sont pas dupes, ils avaient bien compris que cette taxe supplémentaire n’allait pas servir à la transition écologique mais juste à boucler le budget de l’Etat.

 

Hausse des salaires

L’on assiste à un nouveau phénomène de société : l’émergence des travailleurs pauvres. Je partage complètement la revendication de hausse du SMIC et la revalorisation subséquente de toutes grilles de salaires des travailleurs. Mais je précise ici que l’opération qui consiste à accorder plus de salaire net au détriment du salaire brut est une fausse bonne idée. Cette opération fait fi de ce que l’on appelle le salaire différé. Autrement dit, le salaire que le salarié touche lorsqu’il est malade, lorsqu’il est privé d’emploi ou lorsqu’il part à la retraite.

Je milite pour une augmentation du salaire brut, pour ma part. Ce qui entre en contradiction avec le slogan « moins de cotisation », par exemple.

 

Réimplantation des services publics

Maternités, hôpitaux, écoles, commerces de proximité, etc. La réimplantation est urgente, c’est un sujet consensuel. Cependant, c’est à tout le moins en contradiction avec la baisse des impôts et des taxes.

La baisse des impôts et des taxes couplée à une réimplantation ne pourra se faire qu’en mettant à plat les dépenses : celles qui sont vraiment utiles et celles qui ne le sont pas. On perçoit néanmoins la limite de la revendication.

 

Plus de démocratie participative

Emmanuel MACRON, mal élu, malgré ses 66 % au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017, a fait comme si toute la population était derrière lui. N’oublions qu’une grande partie de la population française ne l’a plébiscité que pour faire barrage à Marine Le Pen.

Dans ce contexte, la confiscation du pouvoir par une seule tête, une fois les élections présidentielle et législatives passées devient de plus en plus insupportable.

Comment redonner en permanence le pouvoir au peuple ? Des votations d’initiative citoyenne, comme en Suisse ? Le recours au référendum, y compris d’initiative populaire a ses limites. Dois-je rappeler que lors de l’abolition de la peine de mort en 1981, 60% de la population française était opposée à cette abolition ?

Le Brexit est un deuxième exemple. Certains sujets britanniques, mus par l’émotion, lors du référendum de 2016, commencent se mordre les doigts d’avoir pris cette voie-là.

La démocratie participative, chère à Ségolène ROYAL, en son temps, reste à inventer. L’enjeu est passionnant. Il est même vital. Notre avenir ne peut se résumer à des vitrines brisées et des voitures brûlées tous les samedis.

 

Moins de privilèges

Les privilèges qui me choquent le plus :

-          Les salaires des ministres à vie, ceux des députés…

-          Les sociétés cotées au CAC 40 qui ne payent pas d’impôts en France.

-          Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) non plus.

Et j’en passe.  Je reviens sur les salaires à vie, par exemple. Dans un article précédent, je vantais l’intérêt du revenu de base. Je pensais alors à un tel revenu avant tout pour les plus défavorisés, bien entendu. Ici, c’est comme si ce revenu de base était déjà en vigueur pour quelques nantis, alors que l’aspiration naturelle consiste à vivre décemment du fruit de son labeur.

Je ne peux que partager la revendication qui consiste à abolir à nouveau les privilèges.

 

Violence sociale

Car évidemment, moins de privilèges, cela fait penser à la Révolution Française. A ce sujet, l’on fête en ce moment-même les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, en 1948. On constate depuis que les Droits de l’Homme sont bafoués dans de nombreux endroits dans le monde, sans parler de ceux des femmes ou ceux des enfants.

A présent, c’est la violence policière, avec ces lycéens mis à genoux, comme aux heures les plus noires de notre Histoire.

Mais c’est également la violence sociale, la violence patronale, notamment.

C’est tout d'abord l’arrogance d’un président de la République qui ose dire à un jeune privé d’emploi qu’il suffit de traverser la rue pour en trouver. C’est cette verticalité d’un pouvoir autiste et qui n’a tenu compte d’aucune des aspirations de l’immense majorité de la population ces dernières années, au profit de quelques-uns.

Mais c’est également un air du temps qui autorise les employeurs à abuser de leur pouvoir absolu sur leurs salariés, notamment en les licenciant pour motifs disciplinaires ou d’insuffisance professionnelle sous des prétextes fallacieux. Dans le cadre de mes fonctions de conseiller du salarié, je suis confronté à cette réalité en permanence, à l’exclusion quasi systématique de tout autre motif de licenciement.

Confronté à une telle situation depuis de nombreuses années, et notamment témoin des difficultés accrues de pouvoir ester en justice lorsque l’on a été licencié de manière abusive, je suis même étonné que le mouvement actuel ne soit pas intervenu plus tôt.

Il est difficile de dire l’avenir du mouvement des Gilets Jaunes. En tout état de cause, la gouvernance du pays comme celle des entreprises ne pourra plus être ce qu’elle était jusqu’à présent. Il y aura nécessairement un avant et un après.

 

Source :

http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/

12 octobre 2017

MYSTIFICATION

En juillet 1936, Pablo Picasso réalise conjointement avec son ami Luis Fernandez un rideau de scène pour la pièce « 14 juillet », de Romain Rolland. Ce rideau s’intitule : « La dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin. Cette œuvre est visible au Musée des Abattoirs de Toulouse.

Sans me livrer à une analyse exhaustive de l’iconographie de ce rideau de scène, j’y vois le capitalisme moribond – le minotaure - soutenu par le fascisme – l’homme à tête d’aigle. En opposition, le poing du communisme, mais plus encore, la jeunesse triomphante et couronnée. L’on pourra également ajouter le costume d’Arlequin qui donne au capitalisme vu sous cet angle, un aspect « Commedia dell’arte », risible. Dérisoire, même.

Ce rideau de scène s’inscrivait à l’époque dans le contexte du Front Populaire et d’une Gauche au pouvoir pleine d’espérances, mais également pleine d’inquiétudes. L’avenir montrera à quel point les inquiétudes étaient fondées. Les espérances aussi, du reste…

Surtout, l’histoire récente – XIXème, XXème et XXIème siècles – montre les recours réguliers aux fascismes afin de régénérer un capitalisme en crise. Les deux guerres mondiales du XXème siècle en sont l’illustration la plus flagrante. Sur ce sujet, en février 2014, Mireille Bruyère, professeur d’économie à l’Université Jean Jaurès de Toulouse et Thomas Dallery, professeur d’économie à l’Université de la Côte d’Opale, dans les Hauts-de-France, ont fait une présentation brillante et éclairante à une assistance de syndicalistes aux rangs desquels je figurais.

Mais commençons par le commencement, le 30 mai 1871, Karl Marx (1818 –1883) écrit le pamphlet « La guerre civile en France ». Dans un style sec, haché, énervé, il y étrille Adolphe Thiers (1797-1877), qui vient d’écraser la Commune de Paris dans le sang. Même si le syle est sec, les propos sont justes. Ce pamphlet est écrit dans le contexte d’une défaite militaire de la France contre la Prusse d’Otto Bismarck et d’un armistice conclu le 28 janvier de la même année. Je le cite :

 « Qu’après la plus terrible guerre des temps modernes, le vaincu et le vainqueur fraternisent pour massacrer en commun le prolétariat, cet événement inouï prouve, non pas comme Bismarck le pense, l’écrasement définitif d’une nouvelle société montante, mais la désagrégation complète de la vieille société bourgeoise. Le plus haut effort d’héroïsme dont la vieille société soit encore capable est une guerre nationale ; et il est maintenant prouvé qu’elle est une pure mystification des gouvernements, destinée à retarder la lutte des classes, et on se débarrasse de cette mystification, aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile. La domination de classe ne peut plus se cacher sous un uniforme national, les gouvernements nationaux ne font qu’un contre le prolétariat ! »

Karl Marx dénonce ici la socité bougeaoise dont est issu son grand ami Friederich Engels, fils d'industriel et également à l'origine de la théorie marxiste. Ceci est illustré dans le film de Raoul Peck qui sort en ce moment sur les écrans: "Le jeune Karl Marx". A voir.

Le plus intéressant ici est bien la description limpide de la mystification. Le capitalisme est une prédation. Une prédation à plus d’un titre. Prédation des ressources de la planète, d’une part. La date de dépassement, c’est à dire date à laquelle l’humanité a épuisé les ressources de  la planète et vit donc à crédit est une date qui avance dans l’année. Du 23 décembre dans les années soixante-dix, nous sommes passés au 2 août cette année ! Et prédation sociale d’autre part. Le « lean management » autrement appelé toyotisme, le management tyrannique et agressif, le management déficient et leurs conséquences  sur la santé des salariés (burnout, dépressions, accidents vasculaires cérébraux, cancers, maladies cardio-vasculaires) en sont l’illustration. Mais qui dit prédation dit épuisement des ressources. Dans toute l’histoire de la vie sur la Terre, l’extinction des prédateurs a suivi de près l’extinction de leurs proies.

Pour autant, le capitalisme demeure, voire fleurit, malgré toutes les prédations citées plus haut. Et tout cela grâce à une mystification. Une montée du nationalisme, une guerre nationale, une guerre civile en suivant et le tour est joué. Karl Marx ajoute «  (…) le bourgeois d’aujourd’hui se considère comme le successeur légitime du seigneur de jadis (…) »

La Révolution Française est une révolution bourgeoise. La bourgeoisie d’alors venant tout simplement remplacer l’aristocratie qui tenait le pays entre ses mains. En effet, cette révolution, tout autant que les suivantes, n’a pas permis de mettre fin à la domination de classe.

Par ailleurs, le contexte de la Première Guerre Mondiale constitue une bonne illustration de cette mystification. En France, à cette époque, la IIème Internationale Socialiste a le vent en poupe. Jean Jaurès, représentant du courant réformiste et Jules Guesde, qui représente le courant révolutionnaire, s’associent en 1905 pour former la  Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO).  Pour autant, en 1914, Jean Jaurès et Jule Guesde s’opposent. Le premier est pacifiste. Il le paye de sa vie. Il est assassiné le 31 juillet 1914, juste avant l’entrée en guerre de la France. Le second déclare : « La guerre est mère de révolution. » Comme quoi, le nationalisme aveugle parmi les plus illustres des hommes politiques de l’époque. Sans vouloir minimiser les raisons plus ou moins bonnes pour lesquelles la France est entrée en guerre à ce moment-là, ces raisons et cette guerre sont venues masquer le véritable enjeu.

 Le véritable enjeu de  l’époque, - et l’enjeu actuel, par ailleurs - c’est bien que les travailleurs de tous les pays s’unissent. Et ce, afin de constituer un rapport de force qui leur soit favorable contre la société bourgeoise et le capitalisme tant décriés. L’on connaît le résultat. La IIème Internationale Socialiste ne résistera pas bien longtemps à la Première Guerre Mondiale. Ni même l’idée d’Internationale Socialiste.

Encore aurait-il fallu que le politique émerge véritablement. Dans La politique a-t-elle encore un sens, Hanna Arendt démontre qu’au cours de l’Histoire, la politique a eu du mal à se constituer un sens. Certes chez les Grecs, les philosophes gouvernaient la cité et débattaient de la meilleure manière de vivre ensemble. Ils ont inventé la démocratie, nous a-t-on rappelé en haut lieu, récemment. Pour autant, ils étaient appuyés en cela par les guerriers qui défendaient le territoire, par les prêtres qui consolidaient l’édifice intellectuel, mais surtout par toute une armée de masses laborieuses, de femmes dont les fonctions exclusives étaient de travailler et de faire des enfants et enfin, d’esclaves ! Donc, à sa naissance, l’idée de démocratie était liée à celle de violence. Celle du maître vis à vis de son esclave. Autrement dit la démocratie grecque contenait sa propre négation !

Hannah Arendt poursuit sa démonstration jusqu’à l’époque moderne. L’époque moderne est caractérisée par une concentration du droit de violence des les mains d’un corps constitué appelé l’Etat. L’Etat nous protège et à ce titre, ses représentants – policiers et gendarmes – sont les dépositaires exclusifs de la violence.

Et c’est bien cette violence d’Etat qui a conduit aux excès, puis aux crimes de masse perpétrés au nom des idéologies utopiques du XXème siècle : fascisme, nazisme, stalinisme, maoïsme. La violence d’Etat, pour autant qu’elle soit utile à notre protection, a constitué à de nombreuses reprises un frein à l’émergence du politique.

Nous n’en sommes plus là, fort heureusement. Il n’en reste pas moins que la violence d’état existe toujours et que l’épouvantail du nationalisme permet aux puissances financières de se maintenir au pouvoir. Pour compléter le tableau, le politique a du mal à se frayer un chemin au milieu de la politique-spectacle. Les simplifications à outrance de Marine Le Pen, l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon, les pas devant la Pyramide du Louvre  pour Emmanuel Macron, le débat à fleurets mouchetés entre Jean-Luc Mélenchon et Edouard Philippe lors de l’Emission Politique sur France 2,  jeudi 28 septembre, les invectives de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls, etc.  De la politique-spectacle. Tout cela ne facilite pas le débat…

Ce débat, sur quoi devrait-il  porter, s’il existait ?

Sur de véritables transformations sociales. Et non sur les réformes du Code du Travail inutiles que l’on assène sur le dos des salariés depuis les années soixante-dix. Sur toutes les réformes du code du travail depuis lors, aucune n’a permis de faire reculer le chômage, si ce n’est les 35 heures, en 2002. Tenter de nous faire croire que ces réformes permettent de faire reculer le taux de chômage tient une fois encore de la mystification.

Les véritables transformations sociales devraient au contraire avoir pour but de mettre un terme à la domination de classe. Un rééquilibrage, en quelque sorte.

Je cite volontiers l’exemple du revenu universel d’existence. J’en suis un fervent défenseur. A ce titre, je ne peux que recommander le livre collectif « Pour un revenu de base universel ». Ce livre montre à quel point un revenu versé à tous, de la naissance à la mort, sans condition de ressources ni contrepartie constitue un levier pour une émancipation individuelle et une transformation de la société.

En outre, un revenu universel permettrait aux étudiants de ne plus devoir consacrer une bonne partie de leur temps et de leur énergie à subvenir à leur besoins et de ce fait, de vouer toute leur énergie à leurs études. Un revenu universel permettrait au salarié victime du harcèlement de son employeur de ne pas y être condamné définitivement, sous peine de ne pas manger ! Et j’en passe…

 Je crois sincèrement par ailleurs qu’un revenu de base permettrait une réelle transformation de la société. En effet, l’on peut imaginer que les personnes qui consacrent moins de temps à subvenir à leurs besoins, pourraient alors passer plus de temps à débattre. Et à être acteurs du vivre-ensemble, de ce fait.

Cette idée n’a malheureusement pas été assez développée lors de la campagne présidentielle. Benoît Hamon l’a reprise à son compte sans qu’elle ait été suffisamment débattue auparavant. L'idée était rtrop immature. En outre, rien ou presque rien n'avait été réfléchi au sujet de sa mise en oeuvre et de son financement. Résultat, dans son programme, à coup d'atermoiements et de rétropédalages, cette mesure a malheureusement plus fait office d’épouvantail que d'autre chose.

Il existe beaucoup d’autres solutions. Je ne les développerai pas toutes ici. Au grès de l’actualité, elles feront certainement l’objet d’articles ultérieurs. Je suis par exemple également un fervent défenseur de l'Economie Sociale et Solidaire...

Les forces de l’argent poussent encore à la roue pour maintenir leur domination. Leur avantage, en sorte. Les ordonnances Macron-Pénicaud, n-ième coup porté contre les salariés en sont une nouvelle preuve. Mais est-ce à nouveau le «chant du cygne »  d’un capitalisme moribond ?  L’on est en droit de se poser la question. Pour un nombre grandissant de nos concitoyens, le recours au débat est préférable au recours à la violence. Compte tenu de ce qui vient d’être restitué dans cet article, cette idée est plutôt nouvelle.

 

Références biblio- et filmographiques :

Karl Marx, La guerre civile en France, Editions de L’Herne, 2016, p 113-116.

Anna Harendt, La politique a-t-elle encore un sens, Editions de L’Herne, 2017

Roul Peck, Le jeune Karl Marx, Allemagne/France, 2017

Claude Willard, Jules Guesde, l'apôtre et la loi, Les éditions ouvrières, coll. la part des hommes, 1991, p. 103-113.

Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB), Pour un revenu de base universel, Editions du Détour, 2017.

17 février 2017

Révolution intérieure (1)

Révolution intérieure

 

Depuis bien longtemps déjà, je projette d’aborder les religions d’une manière plus complète et plus cohérente, dans mes articles. Dans notre société moderne, les religions sont décriées. Nous assistons par ailleurs à un retour du fait religieux, dans ce qu’il a de plus archaïque, effrayant et criminel, parfois.

Dans son livre « En tenue d’Eve, Féminin, pudeur et judaïsme », Le rabbin Delphine Horvilleur rappelle la toute première apparition du mot « religieux ». Et pour contredire ce que j’ai pu affirmer dans mon article « Je suis Charlie », elle affirme que ce mot vient du mot latin « relegere » c’est à dire « relire », et non du mot « relier ». En outre, Delphine Horvilleur cite Cicéron qui dans (De Natura Deorum, II, 71-72) oppose les «religieux » véritables qui relisent et examinent les cultes voués aux dieux, aux superstitieux qui se contentent de prières et de sacrifices.

Et si en relisant, on reliait, tout simplement ? C’est ce à quoi je vais m’attacher, dans cet article précisément, au travers d’un panorama chronologique des diverses religions et ou philosophies « religieuses » avec lesquelles j’ai été en contact au cours de ma vie. Par définition, ce panorama ne se veut pas exhaustif. Il vise à restituer ce qui m’a le plus marqué.

On aborde souvent le fait religieux par ces questions: Qui a créé la vie ? La Terre ? Les Hommes? Pourquoi l’univers, les planètes  ? On n’a pas trouvé de réponse satisfaisante à toutes ces questions. Et quand l’Homme ne sait pas, il se doit de trouver une réponse : il invente, au sens premier du verbe inventer, c’est à dire être le premier à donner une réponse acceptable. Et il y croit.Voilà certainement l’origine de nos croyances.

Dans cette approche, c’est presque comme si l’on disait: “Les hommes ont bien été obligés d’inventer les religions. Ils n’avaient pas moyen de faire autrement”.

On peut lui opposer la vision du parolier de Dalida, qui lui fait dire dans la chanson « Pour ne pas vivre seul », en 1972 :

«Pour ne pas vivre seul 
On fait des cathédrales 
Où tous ceux qui sont seuls 
S’accrochent à une étoile»

Cette chanson vient ponctuer l’excellent film de Lisa Azuelos qui retrace la vie de la chanteuse. Ce film passe en ce moment dans les salles et je vous le recommande.

Je vais plutôt considérer le fait religieux comme un fait en soi et m’attacher à observer ce qui a été constructeur et destructeur dans l’histoire des religions, pour notre civilisation, nos valeurs fondamentales, notre vie quotidienne, notre vivre-ensemble, etc.

En outre, le trait commun à toutes les spiritualités est un message d’amour: “aimez-vous les uns les autres”, ou “aime ton prochain comme toi-même”.  Je vois d’ici mon lecteur sourire à la lecture de ces lignes. Les génocides du XXème siècle et les guerres qui éclatent encore un peu partout sur la planète en ce début de XXIème siècle opposent un démenti cinglant à cette aspiration spirituelle commune. Cela pose nécessairement question. La question d’une révolution intérieure, selon moi.

Pour ne pas alourdir la chose, j’ai décidé de consacrer plusieurs articles à ce grand sujet. Ce premier article est consacré aux premières formes de religion et à une évocation du fait religieux dans l’Egypte ancienne.

 

La chasse

 

Commençons par le commencement, la préhistoire. Les hommes étaient chasseurs-cueilleurs et nomades. Au cours de son évolution, l’Homme s’est rendu compte que la consommation de viande lui assurait la survie en toute saison et garantissait la réussite de son expansion. Seulement, cela signifiait une chose terrible : tuer un animal. Les chasseurs invoquaient donc l’esprit de l’animal chassé et demandaient à Dame-Nature l’autorisation de prélèvement. Alors seulement l’animal pouvait être abattu et consommé. Certaines religions actuelles ont conservé cette idée « d’autorisation de prélèvement ». C’est le cas des religions juive et musulmane, avec les viandes dites “Casher” et “Hallal”, bénies par des autorités religieuses. C’est également le cas de religions où l’animal est si sacré que nulle autorisation de prélèvement ne saurait être délivrée,  comme le bouddhisme et l’hindouisme. Par ailleurs, dans notre société occidentale, la préoccupation du bien-être de l’animal et d’un droit à la vie pour les animaux est de plus en plus vive.

 

L’immortalité de l’âme

Ame vient du latin “anima”: “souffle”, esprit”.  L’idée que l’âme est immortelle apparaît très tôt dans l’histoire de l’Humanité. Et à plusieurs endroits différents sur la planète, selon F. Lenoir ( Petit traité de l’histoire des religions”).  A l’heure actuelle, un certain nombre de religions et de spiritualité croient toujours en l’immortalité de l’âme. Le bouddhisme, notamment. Pour cette religion/philosophie, l’âme se réincarne autant de fois que nécessaire au sein du Samsara, avant d’atteindre éventuellement l’Eveil et de parvenir de ce fait au Nirvana.

 

“Faire le sacré”

Les premières cités apparaissent  en -7000 avant JC. On peut citer celle de Çatal Höyük, en Anatolie, au centre de la Turquie et dont je reparlerai plus loin. Puis viennent les cités-Etats. Autrement dit, ces cités ont leur propre roi. C’est le cas des cités Eridu, Assour, Our, Mari, Ninive, Babylone, Alep ( oui, Alep qui vient d’être entièrement détruite par Bashar El-Assad, avec le soutien des forces armées russes). Dès l’avènement des cités, la religion, ou ce qui tient lieu de religion n’est pas l’affaire de l’individu en tant que tel.  C’est une affaire politique. Autant le chasseur cueilleur interagissait directement avec l’esprit de l’animal qu’il allait tuer. Et était connecté de ce fait à la nature. Autant l’homme d’alors n’est plus aussi connecté: l’homme se considère vite comme un être supérieur qui va pouvoir influer sur le cours des choses par ses actes. Il s’agit donc de “faire le sacré”. Le mot “sacrifice”, “faire le sacré”, vient de là. Et le sacrifice n’a comme limite que l’objectif politique que l’homme s’est assigné.  Dans cet ordre d’idée, les sacrifices peuvent aller jusqu’aux sacrifices humains. Nombreuses sont les civilisations qui les ont pratiqués.

 

La Déesse mère

Lors d’un séjour à Ankara en 2008, j’ai eu la chance de visiter le musée des civilisations anatoliennes. Les primo-civilisations apparues en Anatolie ont ceci d’intéressant qu’elles étaient probablement matriarcales. La Déesse-Mère y régnait sans partage. Elle était accompagnée du Taureau sacré - symbole masculin - qui lui était soumis. Mesdames, vous avez cette supériorité sur nous, les hommes : vous donnez la vie. C’est cette supériorité qui était reconnue, à cette époque. Que les choses ont changé depuis, malheureusement ! Au fur et à mesure que l’homme s’est sédentarisé, il a fallu défendre de territoires et la force physique s’est imposée. Les dieux masculins également. C’est une explication possible…

Puisque j’aborde les dieux masculins, comment ne pas parler de l’Egypte ancienne, ensuite? Depuis deux séjours dans ce beau pays dans les années 80, je suis passionné par ce que la civilisation égyptienne ancienne a pu apporter à l’ensemble de nos civilisations. Quelques exemples: le rite funéraire, la vie éternelle, le dieu caché, les empires, la parenthèse amarnienne et le Livre des Morts.

 

Le rite funéraire

Dans l’Egypte dite protohistorique, c’est-à-dire avant sa réunification, intervenue en -3000 avant J-.C., apparaît une civilisation dite Nagada. Cette civilisation apparaît dans le sud de l’Egypte entre -4500 et -3400 avant J.-C. On sait peu de chose sur son organisation politique. En revanche, des tombes en très grand nombre ont été retrouvées. Ce sont des trous creusés dans le sol. Un ou plusieurs défunts y ont été déposés. Ces morts sont accompagnés de quelques objets. Le plus étonnant est que dans les tombes les plus riches, les objets du rite funéraire sont systématiquement plus luxueux et plus soignés que ceux de la vie de tous les jours, retrouvés dans les ruines des villages environnants.

Dans « Le fils de Saul », film hongrois de László Nemes, Grand Prix du Festival de Cannes en 2015, Saul, un Sonderkommando juif décide de récupérer la dépouille mortelle d’un jeune adolescent qui vient d’être gazé afin de lui assurer un rite funéraire juif. Les Sonderkommandos, après avoir accompli leur triste besogne d’accompagner les déportés jusqu’à la salle où ils allaient être gazés, étaient eux-mêmes exterminés au bout de quelques mois de service. Le geste paraît terriblement inutile et absurde. Et pourtant… L’idée du film consiste à dire que lorsque toute humanité a disparu, ce qui reste, c’est ce rite archaïque, sorti du fond des âges et qui redonne toute leur âme à ceux qui en ont été dépouillés.

 

La vie éternelle

Les pharaons égyptiens étaient persuadés que la construction de tombeaux gigantesques et somptueux leur assurerait la vie éternelle. Lorsque vous vous approchez de la Grande Pyramide Gizeh, le guide vous parle de Khéops (Ancien Empire, -2600 avant J.-C.), son constructeur presque comme d’un contemporain! Force est de constater que l’esprit de ces pharaons est toujours là. C’est bien comme s’ils étaient parvenus à vivre éternellement!

En outre, la momification permettait au corps et à l’esprit de se réunir à nouveau après la mort, à l’instar d’Osiris, qui dans la cosmogonie (mot savant pour dire “création du monde”) égyptienne, est tué en combat par son frère Seth, découpé en 14 morceaux, puis reconstitué patiemment pas sa sœur-épouse Isis, avant de ressusciter et d’être vengé par son fils Horus.

Là encore, dans une société occidentale moderne, supposée plus mature, les démarches de Google pour assurer une longévité hors du commun montrent à quel point la préoccupation de “vie éternelle” est toujours présente. Je trouve ces démarches bien inquiétantes, pour ma part.

 

Les empires

A une époque où n’existaient par ailleurs sur la planète que des cités-Etats, l’Egypte ancienne se lançait dans une politique expansionniste motivée par la recherche de matière premières et de produits précieux : turquoise au Sinaï, or en Nubie (actuel Soudan). Naquirent alors les empires égyptiens. On décompose l’histoire de l’Egypte ancienne en trois Empires (Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire)  et trois périodes intermédiaires ( la première, la deuxième et la basse époque). Tout ceci se termine par la mort de Cléopâtre VII en –30 avant J.-C. Vous savez, le nez qui a changé la face de l’Histoire ! La durée de la civilisation Egyptienne ancienne et de sa continuité territoriale est sans égale dans l’histoire de l’humanité: trois mille ans! Je ne m’avance pas trop en gageant que les empires actuels, notamment les empires financiers, n’auront pas la même longévité. Entre nous, c’est même souhaitable, d’ailleurs.

 

Le dieu caché

 

Amon-Ré est le dieu tutélaire de l’Egypte ancienne. C’est un dieu d’origine thébaine à son origine, à l’époque du Moyen Empire (-2040, -1780 avant J.-C.). Thèbes est localisée  au niveau de l’actuelle Louxor, pour situer. Il s’impose tardivement, lors du “Nouvel Empire (-1552, -1070  avant J.-C.), comme le dieu de toute l’Egypte. Le nom du dieu Amon dérive du verbe “imen”: “cacher”. Amon signifie Le Caché, L’invisible (Dieux d’Egypte, Evelyn Rossiter). Autrement dit, l’idée d’un dieu tutélaire, maître des autres dieux et invisible apparaît bien avant l’avènement des religions monothéistes. Je veux également souligner ici le rôle éminemment politique du dieu tutélaire. Il permet de rassembler une population autour d’une entité culturelle et cultuelle unique.

La notion de dieu caché est elle-même reprise par toutes les religions monothéistes. Dans le judaïsme et dans l’islam, D. n’est pas représenté. Comme je viens de le souligner, dans le judaïsme, D. n’est même pas nommé. Son nom est « ineffable ». Quant au christianisme, il s’est perdu pendant longtemps en querelles dites « byzantines ». Notamment celle qui a eu lieu entre les iconolâtres – adorateurs de l’image de Jésus-Christ et des saints et iconoclastes, qui en souhaitaient l’interdiction pure et simple, aux VIIIème et IXème siècles de notre ère, à Constantinople. L’expression « querelle byzantine » est restée pour désigner des querelles interminables...

Cette notion de « caché » fait également référence très tôt dans l’histoire de l’humanité à ce qui nous domine et qui est caché, indépendamment de sa transcendance - au-dessus de nous - ou de son immanence - tout autour et en nous. Dans son athéisme, Sigmund Freud nous signale que nous ne sommes pas maîtres chez nous. Nous sommes dominés par un inconscient qui ne nous est même pas accessible immédiatement.

 

La parenthèse amarnienne

Le pharaon Akhenaton (-1364, -1347 avant J.-C.) instaure pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la croyance en un seul dieu, ce qui sera appelé plus tard le « monothéisme ». En réaction au conservatisme et au pouvoir grandissant du clergé d’Amon, il ne vénère plus qu’un seul dieu : Aton, à savoir le Disque Solaire. Au cours du règne de son successeur, le fameux Toutankhamon, le culte d’Amon est rétabli. Dans « De l’Egypte ancienne à la Bible », Marcel Laperruque établit la comparaison entre l’Hymne au Soleil d’Akhenaton, autrement appelé Ode à Aton et l’un des Psaumes de David, le Psaume 104. La ressemblance est saisissante.

Akh-en-Aton :

« Ton apparition est belle à l'horizon du ciel, ô soleil vivant qui a vécu le premier... Tu es beau et grand, tu étincelles et tu es au-dessus de tout Pays.

Tes rayons entourent les pays autant que tu en as créés. (…) »

Psaume 104 :

« Eternel, mon Dieu, tu es infiniment grand.

Tu es revêtu d'éclat et de magnificence.

Il s'enveloppe de lumière,

Comme d'un manteau. (…)».

Les Psaumes attribués à David ont selon toute vraisemblance historique été écrits lors de l’exil du peuple hébreu à Babylone, au VIème siècle avant Jésus-Christ, soit huit cents ans après la parenthèse amarnienne. Par ailleurs, par cette parenthèse, Akhenaton préfigure ce que sera le monothéisme plus tard.

 

Le Livre des Morts

Comme je le précisais ci-dessus, la religion n’est pas l’affaire de l’individu à cette époque. Pour autant, un corpus d’invocations et d’incantations magiques appelé “Le Livre des Morts” (-1420, -1100 avant J.-C.), annonce que ce sera la religion au cours du millénaire suivant, à savoir le premier millénaire avant J.-C.

En effet, les invocations et incantations du Papyrus d’Ani, partie intégrante de ce corpus, doivent permettre au défunt Ani et à son épouse d’accéder au royaume des morts, où règne le dieu Osiris (tête verte et couronne à bulbe blanc), accompagné d’Isis (au premier plan, couronnée d’un trône) et Nephtys, leur sœur. A cette fin, Anubis (à tête de chacal) se livre à la pesée de l’âme. Si l’âme est plus lourde que la justice “Maat”, symbolisée par une plume, celle-ci sera dévorée par Ammout, La Dévorante. Si l’âme est au contraire plus légère, le défunt parvient au royaume des morts. Thot, dieu de la sagesse, note scrupuleusement le résultat de la pesée sur sa tablette à l’aide de son calame.

 

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Reproduction libre du Papyrus d’Hunefer, extrait  du Livre des Morts, ramenée d’un de mes voyages en Egypte, représentant “Le Jugement Dernier”

 

Le Livre des Morts ouvre plusieurs perspectives qui seront reprises une à une par les religions monothéistes, mais pas seulement.

1)      L’idée qu’une âme puisse être pesée à l’aune de ce que le défunt a pu faire de bien ou de mal de son vivant. L’idée de jugement dernier était née plus d’un millénaire avant la naissance du christianisme. Le concept de karma (Karma, mode d’emploi, Marie-France Garaude-Pasty) reprend cette idée de “comptabilité”. Le défunt est comptable de ce qu’il a fait au cours de sa vie. Il en subit les conséquences: positives si son action était positive, négative sinon.

2)      Le défunt intervient personnellement et directement dans l’échange avec les divinités et non au travers d’un clergé, quel qu’il soit.

3)      L’existence d’un “royaume des morts”, idée reprise dans plusieurs spiritualités et religions. Dans le judaïsme, l’âme doit s’élever après la mort. Dans le christianisme, le Paradis est représenté tout en haut.

Ceci vient clore cet article sur les origines des religions. Autorisation de prélèvement, dieu caché, rite funéraire, vie éternelle, constitution politique de la cité, comptabilité des bonnes et des mauvaises actions, etc., les fondements de nos cultures et de notre civilisation sont déjà là, dans ce qu’ils ont de plus positif, mais également de plus négatif. J’y reviendrai plus longuement dans le prochain article, qui sera consacré aux religions monothéistes.

Bibliographie :

Philo facile, Editions ATLAS, 1996.

Frédéric Lenoir :

Petit traité de l’histoire des religions, Frédéric Lenoir, Plon, 2008.

Le Christ philosophe, Frédéric Lenoir, Plon, 2007.

Dieu, Frédéric Lenoir, Marie Drucker, Robert Laffont, 2011.

Petit traité de vie intérieure, Frédéric Lenoir, Plon, 2010.

Jésus, Socrate, Bouddha, Trois maîtres de vie, Le Livre de Poche, 2011.

L’âme du monde,  Frédéric Lenoir, Nil Editions, Paris, 2012.

The Jewish roots of Christianity, Mario Javier Saban, 2004.

En tenue d’Eve, Delphine Horvilleur, Grasset, 2013

Sarah, Marek Halter, Robert Laffont, 2003.

Les quatre accord toltèques, Don Miguel Ruiz, Poches Jouvence, 2016.

L’histoire du proche orient, Le Monde hors-série, 2016.

L’atlas des empires, Le Monde hors-série, 2016.

Le roman de la Bible, Le Figaro hors-série, 2016.

Bibles, Evangiles, Coran, Leur vrai message, Le Nouvel Observateur, 20 décembre 2012 au 2 janvier 2013, N°2511/2512.

Le sens du bonheur, Jiddu Krishnamurti, Stock, 2006

La révolution du silence, Jiddu Krishnamurti, Stock, 1999.

L’esprit du Judaïsme, Bernard-Henri Lévy, Paris, Grasset, 2016.

Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, Folio Essais, 2014.

Saint-Benoît, Homme de Dieu, Alabert de Vogüé, Les Editions de l’Atelier, Paris, 1993.

Le livre noir des religions, Franck Henry Timour, Les Editions de l’Epervier, 2014

Les Cathares, Julie Roux-Perino, Anne Brenon, MSM 2007.

Conversations avec Dieu- 1, 2 et 3, Neale Donald Walsch, J’ai Lu, 2011.

Karma, mode d’emploi, Marie-France Garaude-Pasty, Editions Jouvence, 2011.

L’Univers des Formes, Le monde Egyptien,

Dieux d’Egypte, Stéphane Rossini, Ruth Schumman-Antelme, Editions Trismégiste, 1992

Le Livre des Morts, Papyrus égyptiens (1420-1100 avant J.C.), Evelyn Rossiter, Editions Minerva SA, 1979/1984

Pour ne pas vivre seul, S. Balasko/ D. Fauré, 1972

De l’Egypte ancienne à la Bible, Marcel Laperruque, Editions Opéra, 1991

Mes articles : Je suis Charlie, 08 mars 2015, Pâque juive et Pâques chrétiennes, 14 avril 2012.

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14 juillet 2015

COMPTE RENDU D'ALTERCATION

 

Dans un article précédent, "La souffrance au travail, le management alternatif", j’évoquais rapidement ce que j’appelle le "compte-rendu d’altercation".  A savoir, le fait d’adresser un compte rendu de l’altercation vécue avec son "harceleur"  lorsque l’on a le sentiment que l’on est victime de harcèlement dans un contexte professionnel.

L’erreur à ne pas commettre

J’évoquais également l’erreur à ne pas commettre, mais tellement naturelle, celle qui consiste à rapporter au N+2 les agissements du N+1. Cela équivaut quasiment systématiquement à un suicide professionnel, disais-je. Je persiste à le penser. Mis à part dans un cas précis où les agissements du "harceleur" ont pu être prouvés grâce aux SMS qu’il avait envoyés à sa victime, les conséquences sont systématiquement catastrophiques pour le salarié et finissent bien souvent par une rupture de son contrat de travail.

Pour quelles raisons ?

En premier lieu, le bloc hiérarchique ne se disloque jamais. Bien souvent, c’est le N+2 qui a nommé le N+1 à ce poste. Pour le N+2, désavouer son N+1 reviendrait à reconnaître qu’il a fait un mauvais choix, autrement dit, à se désavouer lui-même. Le lecteur reconnaîtra que c’est fort peu probable…

Par ailleurs et c’est certainement le plus grave dans cette démarche, le N+1 peut avoir l’impression qu’il a été "shunté" par son subordonné. En électronique, le "shunt" est ce dispositif électrique qui permet d’évacuer la puissance électrique sans passer par les appareils électriques ou électroniques eux-mêmes. Le N+1 en éprouve à juste titre un sentiment d’humiliation. Or, même si les brimades que l’on a subies peuvent donner le sentiment d’avoir été humilié, j’affirme ici que l’on ne peut répondre à l’humiliation par l’humiliation. C’est la loi du Talion, en quelque sorte; "œil pour œil, dent pour dent". On voit ce que cela donne entre Israéliens et Palestiniens. Inutile d’épiloguer…

En dernier lieu, parce que ce comportement est tout simplement enfantin. En effet, notre enfant intérieur est touché profondément lorsqu’il subit les brimades et humiliations évoquées plus haut. Et la tendance naturelle est de le hurler sur tous les toits, comme lorsque nous étions petits et que nous avions mal. "Eh, Maîtresse, il m’a fait mal!" Souvenons-nous juste, qu’à cette époque, nous savions déjà qu’il n’était pas moral de "rapporter". Si je m’en tiens à mon expérience personnelle, c’est une épreuve redoutable que de résister à l’envie "d’arroser" les intervenants ayant un lien direct et/ou indirect avec l’altercation: N+2, ressources humaines, médecin du travail et j’en passe.

Le compte-rendu d’altercation

Alors que faire?

La technique développée ici est en quelque sorte une application dans le monde du travail d’une technique cognitivo-comportementale (TCC) appelée Communication Non Violente (CNV),  développée dans les année 1950 par un psychothérapeute américain, Marshall B. Rosenberg et décrite dans son livre: "Les mots sont des fenêtres(ou bien ce sont des murs)", Editions La Découverte, Paris, 2002, 2005.

La Communication Non Violente s’appuie sur un processus qui comporte quatre étapes :

  • observer sans évaluer,
  • identifier et exprimer ses sentiments,
  • assumer la responsabilité de ses sentiments,
  • formuler une demande qui contribuerait à notre bien être.

Ici, je propose de se concentrer sur la première étape uniquement. En effet, la CNV a l’air séduisante, vue de loin, mais lorsque l’on y regarde de plus près, les écueils sont très nombreux et ce, à chaque étape du processus. Donc autant limiter les risques.

Le salarié confronté à une situation de harcèlement ou de violence au travail peut écrire un mail à son "harceleur", quelques heures après l'altercation, histoire d’attendre que la colère retombe. En effet, d’une part, la colère est mauvaise conseillère et d’autre part, elle brouille l’effort de mémoire nécessaire dans l’exercice. Le compte rendu sera fait l'après-midi si l’altercation a eu lieu le matin, le lendemain matin, sinon. Le salarié envoie ce mail à son "bourreau", sans mettre qui que ce soit d'autre en copie. Il ne s'agit pas d'humilier celui (ou celle) qui vous humilie en retour, comme je l’ai détaillé plus haut... Dans ce mail, le salarié décrit par le menu les échanges verbaux qui ont eu lieu au cours de l'altercation. Et surtout le salarié s'astreint à n'émettre aucun jugement, aucun ressenti, aucune interprétation. Le mail ne contiendra donc que ce que l’on appelle le verbatim:

"Tel jour à telle heure, tu m’as dit ceci… Je t’ai répondu cela…"

Une chose importante : ne pas oublier de dater l’altercation, le plus précisément possible, comme vous l’aurez compris dans l’illustration donnée ci-dessus.

Une alternative consiste à déposer une "main courante", en gendarmerie ou au commissariat de police, si vous ne vous sentez pas d’écrire vous-même ce compte rendu. Un avantage dan cette démarche: le gendarme ou le policier, en vous posant un certain nombre de questions, garantira la cohérence de vos propos.

 

Les conséquences du compte rendu d’altercation

Dans la population, il existe une proportion d'à peu près 1 à 3 % de vrais pervers. Le vrai pervers est celui ou celle qui par définition fait le mal sciemment et se délecte consciemment du mal qu’il fait à autrui.  Certes, ce type de courrier ne l’arrêtera pas et nous traiterons dans un deuxième temps ce cas-là. Traitons tout d’abord celui du N+1 normalement constitué, normalement névrosé, oserai-je dire, soumis lui-même à des injonctions sociétales fortes et certainement paradoxales, comme dans l’expérience de Milgram décrite dans l’article "La souffrance au travail, le management alternatif" précédemment évoqué.  Au travers du compte rendu d’altercation, vous offrez à cette personne un  miroir de ce qu’elle est. En omettant tout ressenti, tout jugement et toute interprétation, vous faites disparaître ce que vous êtes. Ne subsiste que le miroir…

A l’aide de ce miroir, cette personne normalement constituée devrait cesser son œuvre de harcèlement au bout de quatre ou cinq courriers de ce type, au grand maximum. Toutes les occurrences que j’ai pu expérimenter moi-même ont montré qu’une seule fois suffisait: soit la personne se confond en excuses, soit elle se met très en colère, vous le restitue mais se garde bien de divulguer cette colère à autrui, soit la personne ne vous répond pas et vous en restez là.

Reste le cas du vrai pervers. Je ne l’ai pas oublié. Dans la mesure où il se délecte du mal qu’il vous fait, les compte rendus d’altercation ne suffiront pas à l’arrêter. Quinze, vingt occurrences se succèdent alors…

Permettez-moi une digression d’ordre juridique à présent, il est communément admis le principe juridique suivant: "Nul ne peut se constituer de preuve à soi-même." Ce principe s’appuie très librement sur la maxime d’Euclide d’Alexandrie: "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve", mais ne s’appuie en réalité sur aucun article du code civil, du code de procédure civile ou du code du travail. En outre, ce principe souffre quelques exceptions. Et heureusement!

Au nombre desquelles, je peux citer les suivantes :

  • les heures supplémentaires,
  • le harcèlement.

En effet, en matière d’heures supplémentaires, un simple agenda, tenu quotidiennement, suffit pour les prouver. En matière de harcèlement, le pervers s'abstient de vous répondre, étant donné qu'il vous tient dans le pus profond des mépris. Et qui ne dit rien consent... Les mails ou les mains courantes vont suffire dans ce cas à prouver le caractère fréquent, répétitif, ciblé et dans l’intention de nuire du harcèlement que vous subissez. Autrement dit, tout ce qui définit juridiquement le harcèlement moral. Pour un défenseur syndical, un avocat ou un conseiller prud’homme, les conditions sont alors enfin réunies pour faire tomber le "harceleur".

 

Ma démarche a pour but de faire connaître cette technique. Mon sentiment est que les "harceleurs" ont une autoroute devant eux et que cette situation doit cesser. Elle cessera si nous sommes en mesure de nous armer de méthodes efficaces et qui ont fait leur preuves. Il est certain que la méthode s’affinera au fur et à mesure que les salariés se l’approprieront. Je ne demande qu’à en être le témoin.

8 mars 2015

Je suis Charlie

Ich bin ein Berliner

" Ich bin ein Berliner " (" Je suis un Berlinois ") est une célèbre phrase prononcée par John Fitzgerald Kennedy, alors président des Etats-Unis, dans le discours qu'il fit lors de sa visite à Berlin-Ouest le 26 juin 1963 à l'occasion des quinze ans du blocus de Berlin. Dans le contexte de l’époque, John Fitzgerald Kennedy souhaitait s’associer à la souffrance vécue par les habitants de Berlin-Ouest, enclave occidentale en Allemagne de l’Est, deux ans après la construction du fameux mur de Berlin.

Dans son discours resté célèbre, JFK déclare: "Nous n'éprouvons aucune satisfaction en voyant ce mur, car il constitue à nos yeux une offense non seulement à l'histoire mais encore une offense à l'humanité."

Depuis cette phrase, devenue slogan, est utilisée lorsque l’on souhaite s’associer à la souffrance vécue par tel ou tel groupe de personnes de par le monde.  Surtout, cette phrase souligne à quel point, pour la sensibilité de celui s’exprime ainsi, persécuter, brimer, porter atteinte à un seul homme ou un seul groupe d’êtres humains revient à porter atteinte à toute l’humanité.

Les 7, 8 et 9 janvier 2015, les attentats dits "de Paris" été perpétrés, contre les journalistes de Charlie Hebdo, contre des membres des forces de l’ordre, contre des Français de confession juive, etc. Avant tout, contre des Français. Ce fut le déni, l’incompréhension, dans les premières heures, puis la sidération. Vint ensuite le recueillement, puis ce sursaut national et cet "esprit du 11 janvier" qui fait que la France n’est plus tout à fait le même pays qu’avant les attentats.

 

Pourquoi un tel sursaut ?

Je me suis souvent posé la question : pourquoi le meurtre d’une petite fille juive par Mohamed Merah, un certain 19 mars 2012, n’a-t-il pas provoqué un tel sursaut ? Si les assassinats perpétrés cette année n’avaient eu comme victimes que des Français de confession juive, ce sursaut national aurait-il eu lieu ?

Pour tenter de répondre à cette question, j’ai le sentiment qu’en s’attaquant à Cabu, Charb, Wolinski et les autres, les assassins se sont attaqués à ce qui fait le fondement de notre identité française: la liberté. Et notamment, la liberté d’expression. Les journalistes de Charlie Hebdo représentaient une sorte d’absolu en matière de liberté d’expression: un peu "anars", libertaires, très altermondialistes, érotomanes, iconoclastes... Franchement, permettez-moi d’insister, mais à la lecture d’un tel tableau, qui peut encore se permettre de dire "Je suis Charlie"? Peu de monde, croyez-moi!

Pour autant, tous les Français ou presque se sont sentis atteints au plus profond de leur être par ces événements. Les rassemblements et les marches du 10 et du 11 janvier en furent la preuve. Si les syndicalistes parvenaient à mobiliser autant sur les retraites ou sur la loi Macron, j’en serais personnellement ravi. C’est loin d’être le cas, même si les menaces sur les salariés sont bien réelles.

L’autre question que je me pose est de savoir ce qui pousse des citoyens français à devenir des assassins dont la barbarie est sans bornes. Le djihadisme, l’islam, n’ont rien à voir là-dedans. Juste après les attentats, des musulmans faisant autorité en la matière ont déclaré  qu’islam vient de salam qui veut dire "paix". Et certainement pas soumission, comme l’on tente de nous le faire croire depuis longtemps maintenant. En outre, pour citer Abd Al Malik dans Télérama n°3397, "(...) le djihad dont tout le monde parle n’est pas seulement la guerre de conquête (c’est le petit djihad, selon le coran), mais surtout la guerre intérieure que chaque musulman doit mener contre lui-même, son égoïsme, son intolérance. C’est cela, le grand djihad (...)". On comprend mieux l’oxymoron "guerre sainte" qui est l’équivalent de "djihad" en français, dans ce cas.

 

L’exclusion

En revanche, j’ai été frappé par deux histoires que j’ai vécues récemment.

J’étais invité à une fête dans le quartier de La Reynerie, à Toulouse, il y a quelque temps. Lors de cette fête, l’immense majorité de l’assistance étaient d’origine maghrébine, tout comme moi, au demeurant. Je me mets à danser et une jeune femme me remarque de loin. Lorsque je me rassois, celle-ci m’interpelle et me demande: "pour un européen, tu danses plutôt bien les danses orientales, dis-moi!". Puis la conversation s’enclenche. C’est à ce moment qu’elle me parle "des Français". Pour elle, les "Français", ce sont les autres, les blancs, ceux qui sont d’origine européenne. Alors je lui pose la question: Et moi, à ton avis, est-ce que je suis français, d’après toi?" Sans hésiter, elle me répond: "Et bien oui". Je lui réponds que je ne suis pas d’origine européenne, pourtant. Mon père est né à Oran et ma mère à Tlemcen. Elle me lance: "Et tu comptes retourner au bled, bientôt?" Je lui réponds que cela fait partie de mes projets de vie en effet. Mais pour ce qui me concerne, ce ne sera pas un retour. Je n’ai jamais mis les pieds en Algérie, en l’occurrence. Elle me met en garde: "Tu sais, si tu dois aller là-bas, il vaudrait mieux que tu connaisses des gens sur place; tu seras mieux accueilli…"

A cet instant, je lui retourne la question: "Et toi, est-ce que tu es française?".  La réponse fuse: "Non!" Pourtant lui dis-je, "tu as une carte d’identité. Et sur cette carte d’identité, quelle est la nationalité inscrite?" Sa réponse se fait toute douce et presque contrite: "nationalité française".

Qu’ajouter de plus, à l’expression toute nue de l’exclusion? Cette exclusion est vécue au point que ces gens ne se sentent ni Français en France, ni Algériens, Tunisiens, ou Marocains en  Algérie, en Tunisie ou au Maroc. Et pourtant ceux que je croise veulent s’en sortir, sans aucun doute.

L’autre histoire est celle de B. qui m’a appelé un jour pour que je l’accompagne pour un entretien préalable à son éventuel licenciement. C’est l’histoire la plus douloureuse que j’aie connu depuis que j’exerce la fonction de conseiller du salarié. Il était apprenti. Il venait d’être exclu de son école pour des absences répétées et de l’insubordination. Son  employeur voulait en profiter pour s’en débarrasser et s’est permis de monter en épingle des bricoles pour le coincer. J’ai toujours mis un point d’honneur à trouver une solution pour les salariés que j’accompagne ou ceux que je défends, mais dans ce cas précis, ce fut peine perdue. B. m’a appelé une dernière fois pour me dire que son employeur recourait aux Conseil des Prud’hommes à son encontre! Le monde à l’envers. Puis je n’ai plus eu aucune nouvelles de B. Je suis resté avec cette angoisse: B. va-t-il s’en sortir ou au contraire, va-t-il sombrer dans la délinquance? Que se passe-t-il dans la tête d’un jeune lorsque toutes les portes se ferment tour à tour?

Les événements que je vous relate ont eu lieu quelque temps avant les attentats. Nous sommes tous peu  ou prou les témoins de ces glissements progressifs d’une certaine partie de la population hors de la communauté nationale ou hors des lois de la république. Et il n’est pas toujours possible d’y résister.

 

Le fondamentalisme religieux

Pour revenir aux assassins, il me rappellent les mises en cause de notre société capitaliste par les terroristes des années 70 ( Bande à Baader, Brigades Rouges, Action Directe). Ils nous renvoient à la cruauté de ce système qui permet à une minorité de s’enrichir de manière indécente tandis que d’autres se sentent exclus du partage des richesses. La réponse qu’ils apportent à ce type de question passe malheureusement par une nouvelle forme de fascisme, qui je le répète, n’a rien à voir avec l’islam. Pour preuve, parmi tant d’autres, les destins brisés des jeunes femmes qui décident de partir en Syrie pour "faire le djihad". Aucune n’est revenue.

Surtout, cette nouvelle forme de fascisme nous renvoie à celui des années trente.  A cette époque, le but ultime des phalangistes espagnols, des fascistes italiens et des nazis allemands était en quelque sorte de résister aux progrès de l’humanité apporté par la Révolution Française. Leur but était un retour à l’Ancien Régime ", comme cela a été si joliment dit dans le roman de Javier Cercas: "Les soldats de Salamine" (Actes Sud, 2002). Le fondamentalisme religieux est dans cette même veine. Comment résister aux progrès de l’humanité? Comment résister aux Printemps Arabes? Comment résister à ces femmes kurdes qui prennent les armes contre eux? Comment rétablir un Califat?

Toutes ces questions sont veines. Les progrès de l’humanité sont en marche. Et parmi tous ces progrès, la liberté d’expression, précisément. Tous les attentats n’y feront rien et je gage qu’à l’instar de ce qui s’est produit le 11 janvier, les forces de progrès de l’ensemble de la planète se mobiliseront d’autant plus. Bien entendu, cette mobilisation internationale m’a beaucoup ému. En outre, les assassins croyaient abattre Charlie et son esprit. Ils n’ont fait que le raviver. Cuisante défaite.

 

Les religions

Au delà de la formule "Je suis Charlie", je m’associe à la douleur des familles endeuillées, je m’associe au deuil de tout un pays qui a perdu les modèles qu’étaient les journalistes assassinés. Par ailleurs, je partage la douleur de ceux qui comme moi, les voyaient comme des "frères d’armes", dans le combat contre les excès du libéralisme économique et contre tous les fascismes. Alors oui, je suis Charlie.

Comme il a été dit ces dernier temps, la liberté d’expression ne se négocie pas. La laïcité non plus. Jusqu’aux attentats du mois de janvier, la caricature et la satire faisaient un peu "vintage". Je me souviens des caricatures d’hommes politiques de la troisième république dans mes livres d’histoire, lorsque j’étais adolescent. Depuis, la caricature et la satire sont beaucoup plus dans l’air du temps. En tout état de cause, la caricature et la satire sont comme l’expression ultime de la liberté d’expression. En outre, la caricature et la satire permettent de tourner en dérision ce qui doit l’être, ce qui se prend trop au sérieux.

Les institutions, entre autres: l’Etat, le gouvernement, l’armée, les religions, etc.

Concernant les religions, avec tout le respect que je dois à toutes les personnes pieuses qui liront ces lignes, je considère qu’elles ne sont qu'une étape dans le devenir spirituel de l’humanité. Etape nécessaire, selon moi, mais loin d'être suffisante... Dans son ouvrage, "Vivre en paix", Thierry Janssen parle de différents niveaux de conscience: la conscience physique (boire, manger, se reproduire, etc.), la conscience émotionnelle (la recherche de la récompense et la fuite de la punition), la conscience intellectuelle (la raison, le langage, les apprentissages, etc.) et la conscience spirituelle. L’on peut relever que ces niveaux de conscience correspondent peu ou prou aux différentes étapes de la constitution du cerveau au cours de l’histoire de la vie sur terre: cerveau reptilien (physique), cerveau limbique (émotions) et néo-cortex cérébral (raison, langage). Pour plus de détails, j’ai décrit ces différentes couches cérébrales dans l’un de mes articles précédents.

Dans cet article, je concluais sur l’idée que nous sommes gouvernés par nos émotions et que la raison ne vient que justifier a posteriori ce que nos émotions nous ont poussé à faire. Une sorte de marché de dupes dans lequel nous serions à la fois l’auteur et la victime. En tout état de cause, nous sommes bien loin d’une véritable conscience spirituelle.

Les premiers "religieux" de l’histoire de l’humanité s’en sont vite rendu compte. Nous étions et sommes toujours déconnectés. De D. si l’on croit en Lui, de son intérieur ou de la nature, si l’on n’y croit pas. La religion devait nous permettre de rétablir ce contact. Une des étymologies admises pour "religion" est que ce mot vient du latin "religare", relier. A titre d’exemple pour illustrer cette déconnexion, dans la Genèse, la pomme, la Péché Originel, la fuite du jardin d’Eden ne disent pas autre chose, à mon avis.

L’on sait quels furent les travers de toutes les religions monothéistes, vis à vis de cette grande idée initiale: la religion est devenue un instrument à des fins politiques. C’était nécessaire, au VI ème siècle avant Jésus Christ, lorsque l’Ancien Testament a été rédigé. La Bible devait permettre la constitution d’une identité nationale non pas autour d’un territoire, dont les Hébreux été privés suite à l’exil à Babylone, mais autour d’un livre. A présent, l’on mesure souvent les effets pervers de la dérive politique du sentiment religieux. A ce titre, deux exemples : Le film "Le procès de Viviane Amsalem" (Shlomi et Ronit Elkabetz, 2014) dénonce le pouvoir judiciaire des rabbins dans la société juive orthodoxe israélienne. D’autre part, le christianisme a eu son Inquisition.

Surtout, les historiens s’accordent à dire que le "prétexte religieux" pour mener à bien les pires exactions est devenu le seul et unique prétexte qui fonctionne à présent. Les utopies séculaires se sont toutes effondrées peu ou prou (fascisme, nazisme, stalinisme, maoïsme, etc.) et l’on ne peut que s’en féliciter, compte tenu des génocides que ces idéologies ont provoqués. Seul subsiste le prétexte religieux, d’autant plus puissant qu’il est invérifiable : "tue et tu iras au paradis".

 

La laïcité

Dans ces conditions, je suis convaincu que la religion ne saurait constituer un instrument moderne pour mener à bien la politique d’un pays, quel qu’il soit. En outre, je regrette qu’un pays comme Israël, créé récemment (en 1948), ait adopté la définition "d’Etat Juif" alors que la France et la Turquie avaient déjà montré la voie de la laïcité constitutionnelle en 1905 et en 1937, respectivement. Même si la laïcité en Israël revêt des aspects bien complexes qu’il est impossible de résumer en deux phrases. Par ailleurs, la charia appliquée en Arabie Saoudite compte de plus en plus d’opposants et surtout d’opposantes parmi ces femmes saoudiennes à qui la conduite automobile est interdite. A ce titre, le film saoudien "Wadjda" (Haifaa Al Mansour, 2013) est édifiant. Wadjda souhaite acquérir un vélo, ce qui est en principe interdit au petites filles. Elle ne se soumet pas à la loi des adultes et donne une leçon de résistance à sa propre mère.

Issue des penseurs grecs et romains, puis du Siècle des Lumières, la laïcité est au contraire l’instrument ad hoc dont nous devons nous emparer pour construire des états plus modernes, des politiques plus éclairées. La séparation des religions et de l’état permet en outre de maintenir le fait religieux dans la sphère du privé et d’assurer une liberté de culte entière et totale. Aucune religion n’est privilégiée par rapport à une autre.

 

Spiritualité

Toutes les spiritualités et toutes les religions de la planète s’accordent pour transmettre le même message : "Aimez-vous les uns les autres". Le judaïsme, le christianisme, l’islam, entre autres. Pourquoi faut-il qu’il y ait autant de guerres, autant de conflits et même autant de brouilles dans nos quotidiens? Il faut croire à l’instar de Thierry Janssen dans son ouvrage "Vivre en paix", que nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’une conscience pleinement spirituelle qui nous permettrait de parvenir à l’amour et à l’harmonie universels.

J’assistais à un stage d’initiation à la méditation bouddhiste en juillet 2014. Lors de ce stage, la moniale qui procédait à l‘enseignement nous expliquait ce qu’est la méditation. C’est, disait-elle, la troisième et dernière étape d’un processus qui en compte donc trois. La première étape, c’est l’enseignement: aimez-vous les uns les autres, précisément. La deuxième, c’est la confrontation avec le réel. Et le réel, c’est bien souvent Untel ou Unetelle qui nous fait peur, qui nous met en colère ou qui nous rend triste. Et puis quelque chose en nous nous dit que ces émotions négatives amenuisent notre énergie et nous affaiblissent. Une troisième étape est alors nécessaire pour faire siens les enseignements de la première étape: c’est la méditation. Méditer le "aimez-vous les uns les autres".

Lors d’un stage intitulé : "La crise du capitalisme", en février 2014, alors que toute l’assemblée pestait – à juste titre - contre ces actionnaires des grandes entreprises qui s’enrichissent à milliards pendant que tout le reste de la planète s’appauvrit, en plein débat, j’ai fait cette remarque: "Pour changer le monde, il est nécessaire de se changer soi-même".  Un grand silence de quelque secondes a suivi la remarque, puis le débat a repris comme si mes paroles n’avaient jamais été prononcées…

Et si se changer soi-même, c’était précisément mener cette "guerre intérieure" dont parle Abd Al Malik ? Il y a nécessairement un lien entre les deux idées.

 

 

BIBLIO- et FILMOGRAPHIE

John Fitzgerald Kennedy, discours de Berlin-Ouest, le 26 juin 1963

Abd Al Malik, Télérama n°3397

Javier Cercas, "Les soldats de Salamine" (Actes Sud, 2002).

Thierry Janssen, "Vivre en paix", (Robert Laffont, 2003, Poche Marabout, 2013)

"Le procès de Viviane Amsalem" (Shlomi et Ronit Elkabetz, 2014)

"Wadjda" (Haifaa Al Mansour, 2013)

12 juillet 2014

L'homme est né libre...

Dans le cadre de mes activités syndicales, je suis amené à rencontrer un grand nombre de salariés. Ceux-ci viennent d'horizons multiples, une boulangère, une secrétaire comptable, un jardinier paysagiste, un ingénieur, etc. Tous ou presque se sentent opprimés par leurs employeurs. Cela va jusqu'à des persécutions pour certains.

Tout cela sans revenir sur la souffrance au travail de manière générale ( harcèlements, surcharge de travail, perte de sens, etc. ) qui a fait l'objet de mon article précédent ( La souffrance au travail, le management alternatif, 31 décembre 2013)

On pourrait gloser sur l'attitude arrogante, cynique et parfois imbécile des employeurs qui oppriment, voire même qui persécutent leurs salariés. Ce serait vite stérile. Les employeurs en question se considèrent dans leur bon droit. De fait, non sans un certain cynisme, une de mes connaissances me disait la semaine dernière: "Ils sont du côté du manche du couteau! Pourquoi feraient-ils autrement?"

Force est de constater que le rapport de force est de manière écrasante en faveur du patronat dans son ensemble. Que ce soit les patrons de PME ou ceux des grandes entreprises. D'où cela vient-il?

"L'homme est né libre et partout, il est dans les fers". Cette citation est extraite du "Contrat social", de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Peu de temps après survenait la Révolution Française, inspirée directement des Philosophies des Lumières et du "Contrat Social", notamment. En outre, ce contrat social affirmait les principes de souveraineté du peuple, de liberté et d'égalité.

On retrouve même ces principes sous forme de devise au fronton des mairies, un peu partout en France.  La devise de la République Française : "Liberté, Egalité, Fraternité".

Alors probablement que dans l'esprit des gens, on s'est dit, à ce moment-là et plus tard dans l'Histoire: "C'est gagné! Nos droits sont enfin reconnus!"

Des Déclarations des Droits de l'Homme ont même été rédigées pour renforcer cette prise de conscience.  La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le 26 Août 1789, la déclaration des  droits de la femme et de la citoyenne en 1791, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le 10 décembre 1948, pour ne citer que ces trois-là. En outre, La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen stipule, dans son Article Premier: "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."

Le dix-septième et dernier article de cette même Déclaration précise également: "Les propriétés étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité."

Dans la foulée de la toute première Déclaration des Droits de l'Homme, le Code Civil était promulgué par Napoléon Bonaparte le 21 mars 1804. Bonaparte n'en était pas l'instigateur, comme l'on s'est plu à le penser parfois. La rédaction du Code Civil avait démarré bien avant l'arrivée de Napoléon Bonaparte au pouvoir. En tout état de cause, le Code Civil consacre l'égalité de tous: disparition du clan et donc de son chef, disparition de la famille en tant qu'entité juridique, etc.

Pour autant, ce principe d'égalité se heurtait à un autre principe énoncé dans la Déclaration  de Droit de l'Homme et du Citoyen de 1789 : le dix-septième, précisément. Dans une entreprise, comment l'employeur peut-il jouir pleinement de son droit de propriété dans une société française où tout le monde est l'égal de tout le monde? Il faut bien qu'il puisse décider de l'avenir de son entreprise en son âme et conscience et ce, sans interférence aucune.

Cette position est totalement archaïque et dépassée selon moi. Elle est néanmoins toujours en vigueur et tout le monde doit s'y soumettre, jusqu'à nouvel ordre. En effet, en 1922, le Code du Travail était promulgué pour la première fois. Il a été remanié de nombreuses fois depuis. Le Code du Travail régit les principes du travail salarié, notamment le lien de subordination et le pouvoir de direction.

Du point de vue du droit français, le contrat de travail est caractérisé par ses trois composantes: le lien de subordination, la fourniture d'un travail et la rémunération. En outre, la jurisprudence Cass. soc., 13 novembre 1996, Bull. civ., V, n° 386; pourvoi n°94-13187 stipule: "Le lien de subordination est caractérisé par l'exécution d'un travail sous l'autorité de l'employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné. Le travail au sein d'un service organisé peut constituer un indice du lien de subordination lorsque l'employeur détermine unilatéralement les conditions d'exécution du travail."

Le Code du Travail et sa jurisprudence consacrent l'exception au Code Civil: en échange d'un salaire, salaire dont il a un besoin absolu pour vivre, un être humain adulte accepte de perdre une partie de la souveraineté qu'il a sur lui-même au profit d'un autre être humain. L'égalité pour tous, tu parles!

Selon moi, le Code du Travail est l'exception au Code Civil. Son essence même est avant tout la protection des employeurs dans l'exercice libre, plein et entier du pouvoir de direction et du pouvoir disciplinaire et non la protection des salariés, comme l'on peut le croire souvent.

Pour élargir le sujet, depuis la Révolution Française, il a subsisté un bon nombre de ce que j'appellerais des "poches de résistance" aux principes révolutionnaires. J'en citerais deux.

Le statut des femmes tout d'abord. Les femmes ont participé activement à la Révolution Française. Olympe de Gouges, notamment. Première féministe au sens moderne du terme, Olympe de Gouges rédigea la déclaration des  droits de la femme et de la citoyenne dans la foulée de celle des Droits de l'Homme et du Citoyen. Pourtant il faudra attendre 1945 pour que les femmes obtiennent le droit de vote en France. Plus de 150 ans après. Cherchez l'erreur!

Dans le même ordre d'idée, il faudra attendre 1965 pour que les femmes de ce pays obtiennent le droit d'exercer une activité professionnelle et d'ouvrir un compte en banque sans le consentement de leurs maris...

Le statut d'indigène ensuite. Ce que l'on appelle l'indigénat. La définition qu'en donne Wikipedia est la suivante:"Il s'agit d'une justice administrative qui s'applique aux seules personnes définies comme "indigènes". Elle ne respecte pas les principes généraux du droit français, en particulier en autorisant des sanctions collectives, des déportations d'habitants et en sanctionnant des pratiques que la loi n'interdit pas, sans défense ni possibilité d'appel."

En outre, le principe de sanction collective est particulièrement choquant et fait penser aux pires heures de l'occupation allemande en France, de 1940 à 1945.

Pour autant, en Algérie, le 24 octobre 1870, la pression de la communauté juive métropolitaine et Adolphe Crémieux, alors ministre de la Justice, poussent le gouvernement de l'époque à accorder la citoyenneté française à la communauté juive algérienne. Comment les Juifs d'Algérie pouvaient-ils avoir des droits différents de ceux de métropole ?

Malheureusement,  à cette époque, les indigènes arabo-musulmans furent exclus de cette disposition. L'indigénat arabo-musulman fut aboli en 1946. Et malgré cela, il faudra attendre l'indépendance de l'Algérie en 1962 pour que les arabo-musulmans y accèdent à une citoyenneté pleine et entière. Algérienne, cette fois.

Les exemples de "poches de résistance" sont nombreux. Impossible d'en faire le tour en quelques phrases.

Cela étant, patiemment, les temps se dirigent vers plus d'émancipation. C'est ce qui donne de l'espoir. Cette émancipation passe par plus de formation et d'information. Non, on ne peut pas s'adresser à un supérieur hiérarchique, un manager ou un employeur comme s'il était un égal. En outre, je déconseille souvent de tenter d'établir une relation affective avec son employeur.

Le patronat dans son ensemble est tenté par plus de suprématie encore. Le Traité Transatlantique, en cours de discussion en ce moment, en est la preuve la plus patente. En outre, les discussions pour aboutir à un tel traité se font de la manière la plus secrète qui soit.

Je tire deux enseignements de mon expérience et de mon vécu de défenseur syndical et de conseiller du salarié. D'une part, des salariés extrêmement remontés contre leurs employeurs ou leurs ex-employeurs. En toute bonne foi, ils s'en sont remis à ce système en pensant que la confiance et la réciprocité seraient de mise. Ils constatent qu'il n'en est rien et en nourrissent beaucoup d'amertume. Et d'autre part, des employeurs en plein désarroi vis à vis de ce pouvoir immense qui leur est octroyé: gérer des gens comme si c'étaient des biens. Ces employeurs-là sont dépassés par la complexité d'une telle tâche !

Il est impossible de dégager une tendance générale du vécu d'un particulier, bien entendu. Pour autant, nous en sommes arrivés à un niveau de tension tel qu'il est grand temps pour moi d'imaginer un autre type de contrat social. Certes, ce contrat social d'un type nouveau remettrait partiellement en cause le principe constitutionnel d'inviolabilité de la propriété privée, mais il permettrait une prise de décision tripartite au sein des entreprises: l'employeur, les salariés et les usagers.

31 décembre 2013

La souffrance au travail; le management alternatif

 

Suite aux suicides intervenus chez France Télécom et dans d’autres entreprises françaises, le gouvernement français de l’époque a invité les entreprises de plus de 1000 salariés à négocier des accords de prévention du stress avant le 1er Février 2010. C’est dans ce cadre que la direction d’EADS a convié les organisations syndicales à négocier un accord sur la prévention du stress au travail. Les réunions ont démarré à la fin du mois de novembre 2009 et se sont échelonnées jusqu’au mois de mars 2010. J’ai eu la chance de pouvoir y représenter mon organisation syndicale. Cet accord a été signé par l’ensemble des organisations syndicales impliquées dans la négociation. La signature est intervenue le 26 mars 2010.

Depuis, la situation s’est-elle améliorée? Il est permis d’en douter. Cet article s’attache donc à faire le point sur le type de management qui est pratiqué dans certaines entreprises et la  souffrance au travail qui en découle. Je m’attache également à démontrer qu’un autre type de management est possible: un management respectueux de l’être humain.

Dans l’accord dont je parle plus haut, en préambule, on trouve la définition du stress telle que rédigée dans les manuels de psychologie:  un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Exactement le type de phrase que l’on est obligé de lire plusieurs fois et qui n’avance à rien une fois qu’elle est comprise ! Par ailleurs, le texte de l’accord reconnait du bout du clavier que : Le stress lié au travail peut être provoqué par différents facteurs tels que le contenu et l’organisation du travail, l’environnement de travail, une mauvaise communication, etc.". Tout cela masque la réalité qui est toute autre: des salariés qui sont à bout de nerfs, certains d’entre eux qui finissent en dépression nerveuse réactionnelle ou en burnout. Jusqu’à quand les directions vont-elles laisser faire sans prendre la véritable mesure de ce phénomène?

Dans les années quatre-vingt, nous sommes passés très progressivement de modes de management paternalistes – gérer en "bon père de famille" - ou tayloristes – le travail organisé scientifiquement – à un management de type financier. Dans cette dernière approche, le profit des actionnaires prend systématiquement le pas sur les aspects plus humains : service rendu à la société, bien-être des salariés, épanouissement personnel, etc.

Parti des Etats-Unis, ce type de management s’est étendu partout depuis : dans le privé, puis dans le public avec la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) et son successeur la MAP (Modernisation de l’Action Publique), voire même dans certaines associations "loi 1901", comme celles qui gèrent les aides à domicile, par exemple. On marche sur la tête!

Comment ce type de management se décline-t-il dans l’entreprise ? Quelques exemples sont nécessaires pour bien comprendre l’étendue du phénomène. En premier lieu, les directions mettent en œuvre de nouvelles méthodes de gestion comme le Management Par Objectifs  (MPO) ou  le LEAN manufacturing.

Le Management Par Objectifs (MPO) consiste à individualiser la performance professionnelle. C’est une aberration, selon Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste français, spécialisé entre autres dans la souffrance au travail. Selon lui, le travail, c’est "l’expérience de l’échec". Autrement dit, le travailleur itère et ne peut jamais savoir quel sera le nombre d’itérations nécessaires pour que son projet aboutisse. Envisager un moyen de mesure individuel de la performance n’a pas de sens, dans ce cas, puisque le nombre d’itérations et donc le temps passé à effectuer la tâche ne dépendent pas que du talent du travailleur, mais de toute une série de paramètres extérieurs dont le hasard, notamment.

Le lean manufacturing vise à la suppression des temps morts. Lean veut dire mince, en anglais. Autrement dit, pas de gras. Or chacun sait que l’imagination, nécessaire à l’innovation vient des respirations que le travailleur se donne, de ses temps morts, notamment. Inutile d’insister sur l’importance de l’innovation dans les entreprises, quelles qu’elles soient. Dans le "lean", le salarié enclenche malheureusement un processus de sclérose et d’aliénation.

A titre d’exemple, je voudrais citer Amazon. Le consommateur, avide de récupérer son article dans des délais record, ne se doute pas des conditions de travail épouvantables vécues par les salariés intérimaires de cette entreprise, notamment. Leur direction leur fait miroiter un éventuel CDI, puis les surveille, au moyen de la scannette dont ils sont équipés et les met en concurrence les uns avec les autres dans une espèce de course effrénée à la performance individuelle.

Par ailleurs, l’on assiste à une baisse constante des effectifs dans un grand nombre d’entreprises, indépendamment de leur bonne marche économique. Les exemples ne manquent pas. Sanofi, pour ne citer que cette entreprise. On constate le même phénomène dans les services publics, aux impôts, notamment. De manière générale, cela conduit à surcharger de travail les salariés restants et à recourir parfois à d’éventuels horaires atypiques.

De plus, dès les années quatre-vingt, l’on a mis en place le management par la " terreur " dans certaines entreprises. L’idée que la terreur allait entraîner du bon stress, celui qui nous stimule et qui nous dynamise, je suppose… Allez savoir.  Il s’en est suivi une forte tendance à culpabiliser, à responsabiliser de tous les échecs et à dévaloriser l’individu au travail. Dans le cadre de mes fonctions de défenseur syndical et de conseiller du salarié, je reçois régulièrement des salariés au bout du rouleau, tellement ils ont été humiliés par leurs responsables et/ou par leurs employeurs.

De surcroît,  le monde de l’entreprise tend à établir à tous les niveaux une relation de travail client-fournisseur, comme si le salarié exécutant était responsable de la réussite de l’ensemble du projet et donc du succès commercial du produit qu’il contribue à réaliser. Que c’est excessif! Dans certaines entités, ceci est couplé avec une organisation de type matriciel, où le donneur d’ordre n’est pas le responsable hiérarchique. En pareil cas, qui dois-je satisfaire en premier lieu?

Il est à signaler également que les collectifs de travail ne jouent pas suffisamment leur rôle. Les syndicats notamment, étant donné le faible taux de syndicalisation en France (aux alentours de 8%).

Même si ce triste tableau n’est pas exhaustif, il peut être complété par ce recours qui est fait de plus en plus systématiquement aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) pour communiquer. On le sait, pourtant, dans un mail, il ne passe que 10% de l’intention initiale. L’absence d’expression corporelle porte préjudice à la communication, bien souvent et est source de conflits, parfois.

Quelles sont les conséquences de ce mode de management sur les salariés? En quoi l’organisation du travail engendre-t-elle du stress et de la souffrance? Je parlerai ici de l’expérience de Milgram et de l’injonction paradoxale.

L’on parle beaucoup de harcèlement moral, ces temps-ci. Beaucoup de gens se sentent harcelés… En outre, le harcèlement répond à des critères juridiques très précis : il doit être ciblé, répétitif et… dans l’intention de nuire. Autrement dit, les harceleurs ont encore de beaux jours devant eux. Il est quasiment impossible de les sanctionner devant un conseiller prud’homme ! Faute de pièces établissant l’intention de nuire, notamment. En attendant, les dégâts s’accumulent… Il existe différents types de harcèlement moraux, le harcèlement pervers, le stratégique, l’institutionnel, le transversal. Mais surtout, le harcèlement moral est plus un phénomène social qu’un phénomène purement psychologique, comme le montre l’expérience de Milgram. Au cours de cette expérience imaginée par le psychologue américain Stanley Milgram dans les années soixante, les sujets sont amenés à infliger des chocs électriques à un apprenant pour le punir en cas de mauvaise réponse à une série de questions de culture générale. Les sujets ne savent pas qu’en fait, l’apprenant est un acteur. 62% des sujets administrent des chocs électriques bien au-delà de la dose létale, jusqu’au maximum prévu (450V!!!) en dépit des cris et des plaintes de l’acteur.

Dans cette expérience, c’est bien l’obéissance à un ordre fou et criminel qui prend le pas sur la morale individuelle du sujet. Il s’agit bien là d’obéissance aveugle, donc de soumission. Les harceleurs sont donc rarement des pervers, comme l’on pourrait le penser au premier abord, mais bien plus surement des soumis.

Outre les brimades, les insultes et autres humiliations, le harcèlement passe parfois par un mode opératoire beaucoup plus sournois: l’injonction paradoxale. Dans l’injonction dite " contradictoire ", la personne qui subit les injonctions contradictoires peut dégager une injonction prioritaire, se mettre d’accord sur la priorité avec son donneur d’ordre et laisser de côté l’autre injonction, tout en parvenant à donner satisfaction. L’injonction paradoxale est toute autre. Les deux injonctions s’excluent mutuellement. Mettre en œuvre l’une conduit nécessairement à nuire à l’autre. Dans le monde de l’entreprise, les exemples ne manquent pas : avancement au mérite et "tendance à se mettre en avant", qualité totale et rentabilité financière, "tourné vers l’extérieur" et "jamais là", travail en équipe et évaluation individuelle, etc. En pareil cas, le donneur d’ordre ne peut jamais être satisfait. Surtout, le salarié est pris dans une nasse. Et cette nasse le détruit. Aussi surprenant soit-il, les blessures infligées par les injonctions paradoxales, pour verbales et intellectuelles qu’elles sont, conduisent immanquablement à des blessures physiques.

Au travers de ces deux exemples, je veux donc montrer à quel point l’organisation du travail est bien responsable du stress et de la souffrance au travail, au travers de la surcharge de travail, du lean manufacturing (la chasse aux temps morts), du recours à l’externalisation, des services partagés,  de la précarisation de l’emploi et autres. Les psychologues s’accordent à dire que 90% des problèmes relationnels vécus dans les entreprises sont liés à l’organisation du travail.

Par quoi le stress se traduit-t-il, à un niveau plus médical?

Définissons le stress en premier lieu. Le stress existe sous trois formes, plus ou moins intenses dites "phases". La phase d’alarme tout d’abord. Le corps produit de l’adrénaline, qui nous stimule. C’est le bon stress, celui qui nous permet d’avancer, celui sans lequel il n’y aurait tout simplement pas de travail ! Si le sujet est soumis à ce " bon stress pendant une période trop longue, alors intervient la phase de résistance et d’adaptation. Le corps produit du glucose et du cortisol. Le glucose pour le surcroît d’énergie à fournir et le cortisol pour apaiser les inflammations qui commencent à se déclarer ici et là dans l’organisme. Le cortisol agit comme de la cortisone, pour simplifier. Dans les cas extrêmes où la phase de résistance et d’adaptation se prolonge, nous passons dans une phase d’épuisement et de décompensation. Le système nerveux central se dérégule complètement. A titre d’exemple de ce dérèglement, les décharges d’adrénaline interviennent en pleine nuit, avec pour conséquence, les insomnies…

La liste des pathologies liées au stress est longue. Outre que le stress accélère le vieillissement des cellules, le stress entraîne les troubles musculo-squelettiques, dits TMS (le mal de dos, par exemple), des maladies post-traumatiques, suite à des agressions physiques ou verbales, les dépressions réactionnelles, les burnouts et dans les cas les plus graves, les cancers, les maladies cardio-vasculaires et les suicides. Il est utile de préciser en outre que le terme burnout revêt une réalité bien précise, qui le distingue d’une dépression nerveuse : perte du sommeil, perte de l’appétit, amaigrissement, etc.

Quelles sont les solutions?  Je voudrais vous parler ici de management alternatif, autrement dit, un management respectueux de l’être humain, tout bonnement. En termes de généralité, il s’agit de replacer l’être humain au centre du dispositif de management, de replacer la personne comme fin et non comme un moyen et de mettre en œuvre des valeurs de solidarité et de partage.

Ces termes très généraux passent par des dispositions très concrètes, la première est celle de la démocratie. Oui, vous avez bien lu, la démocratie, au sein de l’entreprise. Bon, je reconnais que l’on part de loin. Depuis la Révolution Française et l’inscription dans la Déclaration des Droits de l’Homme de l’inviolabilité de la propriété privée, la salarié n’a pas droit de cité dans l’entreprise. L’employeur est le propriétaire ou son représentant et à ce titre, il dispose de sa propriété, l’entreprise, comme bon lui semble. Ce droit est inscrit dans la Constitution française, en outre. Moi-même, je me permets de rappeler ce qu’est le " pouvoir de direction " aux salariés que je reçois, comme je l’évoquais plus haut. Ce pouvoir de direction est inscrit dans le Code du Travail auquel je renvoie le lecteur de cet article, pour plus de renseignements.

Alors par quels dispositifs pourrait passer  plus de démocratie?

Cela pourrait passer par la mise en valeur du rôle contributif des salariés à la bonne marche économique de l’entreprise. En d’autres termes, plus de reconnaissance, au niveau collectif, dans l’expression médiatique et au niveau individuel, par un échange plus soutenu entre le manager et chacune des personnes placées sous sa responsabilité. Cela pourrait également passer par des dispositifs d’expression libre : expression libre des désaccords lorsqu’il y en a et expression libre des alternatives envisagées. Il faut cesser de croire que les bonnes idées ne peuvent provenir que d’en haut. Enfin, cela pourrait passer par une validation plus établie et plus franche de l’accord et de l’adhésion des salariés. Cette adhésion est essentielle pour maintenir l’engagement et la motivation des salariés, il me semble.

La seconde disposition est celle de l’équilibre des pouvoirs : renforcer la syndicalisation, réinvestir les IRP (Instances Représentatives du Personnel) lorsqu’il y en a, en réclamer lorsqu’il n’y en a pas et que le code du travail le permet et redéfinir la fonction des Ressources Humaines. En outre, les ressources humaines ne doivent pas être les courroies de transmission d’une direction qui resterait sourde et aveugle vis à vis du mal être au travail, mais bien une force de proposition pour améliorer l’outil que constitue l’entreprise.

L’équilibre des pouvoirs passe aussi par un management plus présent. L’exercice d’un pouvoir, aussi petit soit-il implique une responsabilité sociale. Celle qui consiste  entre autres à répondre présent lorsque l’on est sollicité par un des membres de son équipe, de détecter le mal être s’il existe et de contribuer à trouver des solutions pour le résoudre. Il serait également judicieux de créer plus de collectif. Tous les phénomènes décrits plus haut sont amplifiés par l’isolement. Les collectifs peuvent être très variés, la pause à la machine à café, les syndicats, etc. Surtout, le collectif permet de rééquilibrer le rapport de forces. Il montre au décideur le nombre de personnes qui partagent telle ou telle idée. Si ce nombre est élevé, de facto, cela renforce l’idée et cela maximise les chances que cette idée soit mise en application, même si le décideur en a décidé autrement.

La troisième disposition est celle de l’écologie sociale. Il existe un lien indéniable entre le social, l’économique et l’environnemental. En outre, il faut cesser d’opposer le social et l’économique. Les deux notions sont interdépendantes. L’une ne va pas sans l’autre.

La lutte contre la souffrance au travail passe également par des changements de comportements, au niveau des managers, mais aussi au niveau des salariés eux-mêmes.

Au niveau du management, l’enjeu essentiel est de redonner du sens à ce qui en a été dépourvu. Pourquoi travaille-t-on? Ce que je fais est-il utile à l’entreprise? A toute l’humanité? Qu’est-ce qui est juste et qu’est-ce qui ne l’est pas? Un autre enjeu est celui de donner la priorité au qualitatif plutôt qu’au quantitatif, à la qualité des relations humaines, en premier lieu.

Et pour faire écho à ce qui a été écrit plus haut, il nous faut en finir avec les objectifs individuels et les remplacer par des objectifs collectifs dont chacun se sentira le contributeur.

Mais cet exposé ne serait pas complet s’il n’évoquait pas une remise en cause personnelle de l’ensemble des salariés. Ma propre expérience de défenseur syndical m’enseigne une chose : les salariés qui souffrent au travail sont pour la plupart des salariés ciblés. Ciblés parce que plus isolés, parce que plus précaires, parce que ce sont des femmes ou des salariés issus de minorités. Alors changeons le rapport de force!

Le renforcement passe en tout premier lieu par de la formation. Celle qui permet d’élever les consciences, le sens critique, celle qui permet de voir comment cela se passe ailleurs et de se sentir moins seul. " Je ne suis pas le seul à qui cela arrive ! ". Celle qui permet également de structurer sa pensée et d’améliorer son expression. Dans le cadre de mes activités de défenseur syndical et de conseiller du salarié un bon nombre de salariés que je reçois viennent nous voir alors que leurs patrons respectifs exploitent sans vergogne leur faiblesse en expression française, par exemple.

Ce renforcement passe surtout par l’estimation  et l’affirmation de soi. Autrement dit, savoir dire non, en vertu de quel principe et pour dire oui à autre chose. Vaste sujet que je ne détaillerai pas ici. En deux mots, cela suppose un travail sur soi qui peut être de longue haleine et que tout le monde n’est pas forcément décidé à entreprendre.  Donc, indépendamment de cela je citerai volontiers une erreur à ne pas commettre et un comportement qui au contraire a déjà fait ses preuves, si l’on est exposé à un harcèlement ou à de la violence au travail.

L’erreur à ne pas commettre : compter sur une dislocation du bloc hiérarchique et rapporter au N+2 les agissements du N+1. Cela équivaut systématiquement à un suicide professionnel. Le bloc hiérarchique ne se disloque jamais et c’est le salarié lui-même qui est mis en cause, en définitive.

En revanche, le salarié confronté à une situation de harcèlement ou de violence au travail peut écrire un mail à son "harceleur", quelques heures après l’altercation. L’après-midi si celle-ci a eu lieu le matin, le lendemain matin, sinon. Le salarié envoie ce mail à son "bourreau", sans mettre qui que ce soit d’autre en copie. Il ne s’agit pas d’humilier celui (ou celle) qui vous humilie en retour… Dans ce mail, le salarié décrit par le menu les échanges verbaux qui ont eu lieu au cours de l’altercation. Et surtout le salarié s’astreint à n’émettre aucun jugement ni aucun ressenti.

Certes, dans la population,  il existe une proportion d’à peu près 1 à 3 % de vrais pervers que ce type de courrier n’arrêtera pas. Mais une personne normalement constituée devrait cesser son œuvre de harcèlement au bout de quatre ou cinq courriers de ce type.

La souffrance au travail représente un enjeu de société majeur. Elle est à l’image de la violence de l’économie moderne, soumises aux lois du marché et à l’avidité des actionnaires des grandes entreprises. Elle fait perdre en définitive beaucoup d’argent à tout le monde, y compris à ces mêmes actionnaires, qui ne devraient pas opposer social et économique comme il le font souvent ces temps-ci. Des entreprises où les gens se sentent bien seraient des entreprises plus efficaces et plus rentables. Par ailleurs, la souffrance au travail nous renvoie aux zones les plus sombres de notre comportement en tant qu’être humain : individualisme, harcèlement, soumission à un ordre inique, etc. Un rééquilibrage des forces en présence, au travers du collectif et de l’affirmation de soi permettrait sans doute d’y voir plus clair, enfin.

9 septembre 2013

Evolution du monde

On a longtemps glosé sur une supposée fin du monde ayant lieu le 21 décembre 2012. Vaste fumisterie… Force est de constater que neuf mois après, le monde est toujours là, bien en place !

Cependant, j’aimerais vous soumettre un certain nombre de mes observations. Observations qui montrent à quel point le monde a changé ces dernières années, lorsque l’on met ces changements en perspective avec toute l’histoire de l’humanité.

Au titre de ces observations, je voudrais aborder le sujet des puissances mondiales dans cet article. Dans un prochain article, j’aborderai également la condition des femmes dans le monde. Sujet délicat, mais qui me tient à cœur.

Revenons aux puissances mondiales, à présent. Depuis l’aube de l’histoire de l’humanité, les plus grandes civilisations ont marqué leur empreinte de par leur puissance militaire. De tout temps, la civilisation la plus conquérante était avant tout celle qui détenait un ou des avantages militaires sur toutes les autres. Cela en faisait la puissance mondiale dominante.

Il est ainsi possible d'établir une sorte de chaîne ininterrompue de premières puissances mondiales, qui outre leurs rayonnements économiques, sociaux, moraux, spirituels ou autres ont surtout bénéficié d’un rayonnement militaire qui leur donnait l’avantage sur les autres nations.

Dès l’aube de l’Histoire, l’Egypte ancienne profite du perfectionnement du char de combat. Les Egyptiens en font un véhicule plus véloce, plus maniable et d’où l’on peut tirer à l’arc. Ils l’emportent sur les Hyksôs au milieu de seizième siècle avant Jésus-Christ. Par la suite et au cours de ce que les Egyptologues appellent le Nouvel Empire (1549 - 1090 avant J.C.), les Egyptiens étendront leur empire du Soudan actuel jusqu’aux confins de la Turquie d’aujourd’hui.

Citons également les Mongols, qui conquièrent le plus vaste empire jamais établi dans toute l’histoire de l’humanité. Les Mongols jouissaient de leur capacité à tirer à l’arc tout en chevauchant. Avantage décisif pour les guerres de l’époque, s’il en est. Outre l’œuvre de mort que ces guerriers accomplissaient, l’on imagine bien la performance sportive !

En sautant de nombreuses étapes et afin de nous rapprocher des temps modernes, les puissances de l’Axe (l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et l’Empire du Japon en tout premier lieu) disposaient des armements les plus avancés du point de vue technologique. Ceci leur a donné l’avantage jusqu’à ce que les puissances Alliées viennent leur damer le pion.

Depuis 1945, les Etats-Unis apparaissent comme la première puissance économique mondiale, mais également et surtout comme la première puissance militaire. Pour combien de temps encore? 10 ans, 20 ans, 30 ans ?

Surtout, avec la bombe atomique, la course aux armements est caduque à présent. La plupart des états un tant soit peu influants dans le monde ont ou auront d’ici peu la bombe atomique et sont ou seront en capacité d’éradiquer totalement l’espèce humaine de notre planète. Autrement dit, ces armements lourds et dits « stratégiques » se neutralisent les uns les autres. Et c’est tant mieux !

C’est alors que l’on voit, en Syrie, des simples citoyens prendre des fusils d’assaut Kalashnikov et tenir tête depuis deux ans au régime syrien de Bashar El-Assad surarmé grâce à la Russie. Autrement dit, l’avantage militaire ne conduit plus nécessairement à la victoire.

Pour moi, c’est une évolution profonde et importante dans toute l’histoire de l’humanité. Je peux me tromper, mais je pense qu’un jour viendra où les guerres ne seront pas gagnées par les armées les plus puissantes mais bel et bien par les causes les plus justes.

En attendant, que faire face à l’acte barbare perpétré en Syrie le 21 août 2013. Que faire face à l’utilisation massive d’armes chimiques ? En Syrie, le spectre de la mort à grande échelle et donc du génocide est déjà dans toutes les têtes.

Puisque je parlais de cause plus haut, je pense que la meilleure réponse à un acte aussi barbare est une réponse judiciaire. Que les auteurs de ce massacre ainsi que leurs commanditaires soient identifiés sans l’ombre d’un doute, arrêtés et jugés devant un tribunal international qui statuera sur la notion de crime contre l’Humanité.

Les tergiversations actuelles de la France et des Etats-Unis, en pointe dans la promotion d’une intervention punitive armée, démontrent bien l’inanité d’une réponse militaire. Quelles sont les justifications du point de vue du droit international ? Difficile d’y répondre puisque les coupables n’ont pas été complètement et indubitablement identifiés, encore moins arrêtés et jugés.

Par ailleurs, l’utilisation de la violence pour défendre une certaine conception de la morale est un non-sens. Non-sens qui pourra d’ailleurs se retourner contre les pays occidentaux lorsque les Etats-Unis cesseront d’être la première puissance économique et militaire du monde.

La solution judiciaire et son corollaire, la négociation avec la Russie, est à mon sens la plus pérenne et la plus solide. Pour ne parler que de la Russie, l’ex-Union Soviétique puis la Russie de Wladimir Poutine ont longtemps été les alliées idéologiques des dictateurs sanguinaires que furent le Colonel Kadhafi et Saddam Hussein avant de les lâcher et de les laisser tomber comme des fruits mûrs.

Fort heureusement, les choses ne sont pas figées. Si votre interlocuteur n’est pas prêt à vous entendre à l’instant t, il le sera peut-être dans une semaine, dans un mois, dans un an, dans dix ans ou dans un siècle. Que sont ces échelles de temps à l’égard de toute l’histoire de l’humanité ?

19 juin 2013

La violence intérieure

La violence intérieure

 

Dans « Indignez-vous », Stéphane Hessel, récemment disparu à l’âge de 94 ans, cite Jean-Paul Sartre, qui déclarait en 1947 : «  Je reconnais que la violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec. Mais c’est un échec inévitable parce que nous sommes dans un univers de violence. Et s’il est vrai que le recours à la violence reste la violence qui risque de la perpétuer, il est vrai aussi que c’est l’unique moyen de la faire cesser. ». Fort justement, Stéphane Hessel prend de la distance avec cette déclaration en ajoutant que la non-violence est un moyen plus sûr de faire cesser la violence.

Karl Marx surenchérit aux propos de Jean-Paul Sartre, en déclarant : « La violence est légitime, car nécessaire pour permettre au passé d’accoucher de l’avenir ». Ben voyons ! L’accouchement dans la douleur, comme pour vous, Mesdames !

Jean-Paul Sartre et Karl Marx,  à l’instar de tous les grands génies de l’histoire des sciences et de la pensée ont eu l’humilité en toute fin de vie de reconnaitre que leur pensée et leur travail étaient incomplets et inachevés. Je ne peux que m’en féliciter ici, au travers de cet article. De plus, en l’état, leur pensée est leur travaux furent tellement vastes qu’isoler deux phrases comme je le fais ici est toujours réducteur, bien entendu.

 

On croit souvent que la violence vient des autres. « C’est lui, il est pervers, il est violent, il est perfide, il est ci, il est là… ».  Bref, la violence ne vient pas de moi. Elle vient des autres. Si j’y ai recours, c’est juste pour me défendre, par souci de protection.

Je le déclare ici, tout net. C’est faux. La violence ne vient pas des autres, mais de nous-mêmes. Elle est en nous. Elle est intérieure. Au-delà de toute considération philosophique, politique ou sociologique, notre violence est constituée par ce que nos ancêtres nous ont transmis et qu’ils n’ont pas réglé eux-mêmes. Elle nous vient également de ce que nous avons vécu dans notre propre vie : les expériences traumatisantes, les évènements malheureux, etc. Pour ceux d’entre vous qui croient en la métempsycose, comme c’est mon cas, elle nous vient enfin de ce que notre âme a vécu au cours de nos vies antérieures. Mais même sans ce dernier contributeur, cela fait déjà beaucoup.

Cette violence intérieure est constituée d’émotions négatives (peur, tristesse, colère) qui n’ont pas été totalement « éclusées » : c’est-à-dire vécues pleinement et évacuées. En outre, le refoulement émotionnel, cher à Sigmund Freud, est un des mécanismes qui, malheureusement, empêchent les émotions négatives de parvenir à la conscience.  Mais ce n’est pas le seul.

Pour le décrire un peu, ce mécanisme est naturel. Les émotions sont générées dans les parties les plus centrales et surtout les plus « anciennes » du cerveau, à savoir celles qui ont été conçues le plus précocement dans l’histoire de la vie sur terre: les amygdales. Le traitement de l’émotion, si par chance il a lieu, est effectué dans la partie périphérique et qui a été conçue le plus récemment, à savoir le cortex cérébral. Il est naturel que l’émotion remonte du centre vers la périphérie, mais il est également naturel que certains obstacles s’opposent à cette remontée.

J’en citerai deux :

1        Les carcans éducationnels,

2        Le cerveau intermédiaire, à savoir celui qui nous permet de rechercher la récompense et de fuir la punition. Une émotion négative est considérée comme une punition.

Les conséquences de cette violence intérieure sont de plusieurs ordres :

Si cette violence se loge dans la sphère corporelle, elle empêche le bon fonctionnement du métabolisme à l’endroit où elle se loge. Nous n’avons pas énormément de preuves de ceci. Les recherches et études ne sont pas suffisamment nombreuses, notamment pour démontrer le lien entre cancer et émotions négatives refoulées. En tout état de cause, le lien entre refoulement et maux psychosomatiques n’est plus à démontrer.

Si cette violence se loge dans la sphère céleste – eh oui, nous avons une sphère céleste, ce que nous appelons « aura », en occident -, cela perturbe nos relations avec autrui. Pour ne parler que de mon cas personnel un instant, je me suis brouillé avec pas moins de treize personnes entre avril et décembre, l’an passé. Je n’en tire ni gloire, ni fierté. C’est juste pour donner un exemple.

Autre conséquence, logique compte tenu de ce qui est écrit plus haut, si rien n’est fait pour résoudre, ou à tout le moins pour amoindrir cette violence intérieure, celle-ci est transmise à nos enfants. Et ainsi de suite. Quelle fatalité !

 

Alors que faire ?

Une solution consisterait se servir des autres comme exutoire à sa violence intérieure. C’est bien malheureux. Les guerres, les conflits armés, la violence extérieure, à savoir celle qui s'exprime envers autrui, en sont l'expression. A ce sujet, j’aimerais vous parler de ma grand-tante, Simone Siboni (née Filhol).  Le 30 octobre 2001, Yad Vashem lui a décerné le titre de Juste parmi les Nations. Pendant la deuxième guerre mondiale, alors qu’elle était une toute jeune secrétaire de direction à l’hôpital d’Auch, elle a sauvé des Juifs de la déportation et d’une mort certaine. C’est une sorte de fierté, dans notre famille. Pour autant, sa réputation est sulfureuse. Elle ne s’entendait pas bien avec ma grand-mère, sa belle-sœur, du vivant de cette dernière.

Ma grand-tante vient de fêter son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire. On pourrait croire que les tensions qui ont régné entre ma grand-tante et une partie de sa famille l'ont conservée… Difficile de dire si tel ou tel se livre à l'exercice de servir d'autrui comme exutoire. Certains faits parlent d’eux même, parfois. Pour n’en citer qu’un: le métier exercé par son fils tout au long de sa carrière: psychiatre. Pour une psychothérapie familiale? Quoiqu'il en soit, je voudrais refermer la parenthèse en rendant hommage ici aussi bien à ma grand-tante qu’à ma grand-mère. L'une et l'autre le méritent, pour tout ce qu'elles ont fait de bon dans leur vie.

Le plus important dans cette histoire est que même si l’on croit résoudre sa violence intérieure en utilisant les autres comme exutoire, on ne résout rien, en fait. C’est juste une vue de l’esprit.

 

La solution alternative consiste donc à se tourner vers soi-même, du moins pour la résolution de sa propre violence intérieure. Non pas pour l’intérioriser encore plus et s’autodétruire, ce qui peut arriver parfois, malheureusement. Mais plutôt pour tenter de la traiter.

Je ne vous parle que de mon expérience personnelle, ici. Il ne m’est pas possible de classer les démarches que j’ai entreprises par ordre d’efficacité. Je vous les cite donc en toute modestie.

Trouver un ou des espaces de parole. Une psychothérapie peut aider, bien qu’à mon avis, ce soit bien insuffisant. En outre, l’intérêt d’une analyse est précisément de faire remonter à la surface des émotions négatives refoulées. Les amis peuvent également constituer un espace de parole. A utiliser avec parcimonie, car en effet, en se confiant à eux, on peut les « polluer » sans en avoir conscience. Et retomber dans le travers que je dénonçais plus haut, celui des autres utilisés comme exutoire. De ce point de vue, avec un professionnel, on prend moins de risque.

Les soins parapsychiques. Il est difficile de concevoir que des massages par apposition des mains vont permettre de résoudre les problèmes de violence intérieure. En outre, les mécanismes ne s’expliquent pas tous. Mais force est de le constater : ça marche ! Pour autant que j’en sache, les soins parapsychiques s’appuient sur la force de la conscience pour venir nettoyer les cellules qui auraient été intoxiquées par nos émotions négatives non traitées. Même si ce n’est pas encore scientifiquement démontré, c’est comme si ces émotions négatives laissaient des traces chimiques dans nos cellules. Notamment pour les émotions qui se logent dans la sphère corporelle.

Parmi les Techniques cognitivo-comportementales (TCC), je citerai l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing): Désensibilisation et Reprogrammation par les Mouvements des Yeux. Cette théorie a été découverte en 1987 par une psychologue américaine, Francine Shapiro, membre du Mental Research Institute de Palo Alto. Elle consiste à bouger ses yeux de droite à gauche et inversement en pensant à un événement traumatique qui est resté bloqué dans les couches les plus centrales du cerveau. Le mouvement des yeux permet de faire transiter l'information traumatisante du lobe gauche au lobe droit du cerveau, et du moins l'espère-t-on, de faire en sorte qu'elle atteigne le cortex cérébral et qu'elle soit enfin traitée.

Une pratique spirituelle ou religieuse. Pour les uns, c'est se tourner vers la religion. Ce fut mon cas récemment. Cela m'a procuré des joies, mais également des déceptions. Pour les autres, c'est pratiquer la méditation. Cela m'est arrivé, de très rares fois. Le bien être ressenti en fut non seulement intense, mais relativement immédiat. En tout état de cause, je considère que la religion, quelle qu'elle soit, est une étape dans le parcours spirituel de toute l'humanité. Et que ce parcours est indispensable. Nous vivons en effet dans le but quasi-exclusif de faire grandir notre âme. Même s'il ne s'agit là que d'une croyance et non d'un savoir scientifiquement démontré, je considère que faire grandir son âme est une nécessité, s'il l''on veut amoindrir cette violence intérieure.

Une pratique artistique et culturelle, dans la mesure où elle engage le corps et l'esprit. Arts plastiques, art dramatique, musique et chant, etc. Je prendrai ici l'exemple du théâtre: la pratique de l'art dramatique permet de sortir de soi et ce faisant, de mieux se connaître soi-même. Au cours d'une audition publique, j'interprétais il y a peu un tout petit bout de l'air du Commandeur dans « Don Giovanni » de Wolfgang Amadeus Mozart. Dans cette partie de l'œuvre, le Commandeur vient chercher Don Giovanni pour l'emmener aux Enfers. Situation tendue, s'il en est! Ce tout petit bout d'interprétation m'a tout de même permis d'envoyer à la figure de mon partenaire : "Ferma un po!" (Ferme-là, un peu!). Puis, je me suis dit que je n'avais jamais tenu de tels propos envers quiconque, jusque-là.

Une pratique sportive. De la même manière, une pratique sportive engage le corps et l'esprit. Mes pratiques sportives (Qi Gong, Jogging, Musculation) me "lavent la tête". Ces pratiques donnent en effet le sentiment d'avoir la tête, plus libre, plus dégagée, après coup. Cela s'explique en partie par le fait que le sang afflue vers les parties basses du corps et relance les échanges énergétiques. C'est le cas notamment pour le Qi Gong (autrement appelé gymnastique chinoise). Cette pratique sportive, d'origine chinoise, permet, grâce à des mouvements et à des massages de faire circuler l'énergie d'un bout à l'autre du corps. En outre, cette technique à vocation exclusivement thérapeutique permet de se ressourcer en "énergies nouvelles" et d'évacuer les "énergies usées" et les tensions.

Les massages. Qu’ils soient de bien-être ou thérapeutiques, les massages ont également pour intérêt de faire circuler les énergies et de résoudre les blocages. Ils contribuent également au lâcher-prise vis à vis de son propre corps ou de celui des autres. Ils contribuent enfin à une meilleure prise de conscience de son propre corps. Nous avons tous été forgés dans un modèle éducationnel où les disciplines intellectuelles prenaient le pas sur les disciplines physiques. Et ce modèle n'évolue pas: que dirait-on d'une classe de sixième où la matière principale serait la danse, par exemple? On crierait au scandale!

En marge de ces pratiques, il est bon de citer également le recours aux différentes médecines. Le recours à un Kinésiologue m’a permis d’identifier certaines des causes de mes propres violences intérieures. L’étiopathe, quant à lui, m’a également permis de travailler sur l’une d’entre elles. J’ai enfin régulièrement eu recours à l’ostéopathie, dans la mesure où cette approche propose un soin de type holistique : le praticien traite à la fois le corps et l’esprit.

Pour clore cette liste, j’ajouterai le soutien d’un ou de plusieurs collectifs. La violence intérieure cause d’autant plus de dégâts que la personne qui en souffre est isolée. A une époque où l’on parle de plus en plus de harcèlement, de souffrance au travail et de stress, l’on sait à quel point l’isolement peut contribuer à accentuer ces phénomènes. A ce titre, plusieurs types de collectifs peuvent aider : la pause avec les collègues, les syndicats, les évènements sociaux en entreprise, les activités associatives, etc. Je développerai ce point plus en détail dans un prochain article.  Cet article sera consacré à souffrance au travail, précisément.

Il existe certainement d'autres pratiques. Je les connais moins. Voilà tout. Loin de moi l'idée de dresser une liste exhaustive. En outre, je connais moins la PNL (Programmation Neurolinguistique) tant vantée par les uns, mais tant décriée par les autres !

 

Pour conclure, j'insiste également sur l'idée qu'il ne s'agit pas ici d'une liste de recettes. C'est plutôt le compte-rendu d'un parcours personnel. Chacun doit ensuite voir "midi à sa porte". Ce qui fonctionnera bien pour l'un sera tout à fait inefficace et inadapté pour l'autre. Je suis néanmoins convaincu qu'une pratique unique est très insuffisante, quelle qu'elle soit, dans la liste qui précède. C'est une combinaison de l'ensemble de ces pratiques qui garantit une meilleure efficacité contre la violence intérieure.

14 avril 2012

Pâque juive et Pâques chrétiennes, 14/04/12

Pâque juive

La pâque juive commémore l’exode du peuple hébreu, littéralement sa sortie d’Egypte.  Le peuple hébreu était réduit en esclavage en Egypte depuis plusieurs siècles. Sous la conduite de Moïse, et avec l’aide de D., ce peuple parvint à se libérer de ses chaînes et à fuir d’Egypte, vers le pays de Canaan, la terre promise. Cette terre promise est l’actuel territoire qui couvre Israël et la Palestine.

Pâques vient en droite ligne de l’hébreu « Pessah », qui signifie « passage ».  L’hébreu Pessah a donné le grec « Pascha » (prononcer Pasja, avec une jota espagnole), puis le latin « Pascha » (prononcer Pasca, cette fois). C’est le passage de l’esclavage à la liberté. Cette fête est célébrée chaque année au printemps, printemps qui constitue également une renaissance de la nature, un autre passage, donc.

Durant la pâque juive, aux origines, on sacrifiait l’agneau pascal. Ce rite était suivi d’une onction des portes des maisons, à titre de protection de leurs habitants. La dixième plaie d’Egypte a consisté à faire mourir tous les premiers nés des maisons Egyptiennes, et ce à l’exclusion des maisons des Hébreux qui avaient pris soin d’oindre leur porte du sang de l’agneau pascal. Du temps de Jésus, ce rite du sacrifice de l’agneau existait encore. Il n’existe plus dans le judaïsme moderne. Ce rite a en effet pris fin lors de la deuxième destruction du temple, en 70 après Jésus-Christ.

Par ailleurs, lors de leur fuite, les Hébreux avaient l’armée de Pharaon à leurs trousses. C’est donc en toute hâte qu’ils devaient préparer le pain, le faire cuire et le manger. Durant la traversée de la Mer Rouge, ils ne prirent pas le temps de faire lever la pâte. C’est pour commémorer cet événement que chaque année, durant 8 jours, les Juifs cessent de manger du pain levé, et mangent du pain azyme (sans levain), autrement appelé « Matzot ».

Il n’existe pas de trace historique des événements relatés ici, il est par exemple très difficile, voire impossible de nommer le pharaon désigné sous le vocable  « Pharaon » dans l’Ancien Testament. Proche de l’époque de Ramsès II, peut-être ? Cependant, ils ont une forte portée symbolique, religieuse et également philosophique. Dans l’histoire de l’humanité, nombre de peuples ont tenté, avec plus ou moins de succès, de se libérer du joug de leurs oppresseurs.

Pâques chrétiennes

Les pâques chrétiennes interviennent chaque année exactement à la même époque que la paque juive, à quelques jours près. C’est en effet au moment précis de la Paque juive que Jésus Christ s’est rendu à Jérusalem, pour  célébrer « Pessah ». Jésus irritait fortement les autorités religieuses juives de cette époque – environ 30 après J.C. - car il remettait en cause leur autorité et leur fonctionnement.

Le judaïsme de l’époque était très vaste. Il était composé de différentes « obédiences », si l’on peut  dire : les Saducéens, qui composaient l’essentiel du Conseil des Sages - le Sanhédrin, les pharisiens dont est issu le judaïsme rabbinique moderne, les zélotes etc.

Sous l’égide du Grand Prêtre Caïphe, le Sanhédrin, décida de  mettre  Jésus à mort. Mais cela entrait en contradiction avec un des Commandements des Tables de la Loi : « Tu ne tueras point ». Il fallait donc que ce soit d’autres qui s’acquittent de cette sale besogne. Ce fut le rôle de l’occupant romain, sous la férule de Ponce Pilate, le gouverneur de Judée.

La passion du Christ, c'est-à-dire sa mort, sur la Croix, puis sa résurrection, le troisième jour sont autant de « passages », à nouveau. Après son dernier repas, la Cène, pris avec les apôtres (commémoré lors du Jeudi Saint), Jésus fut crucifié le lendemain (Vendredi Saint). L’on s’aperçut peu de temps après que sa tombe était vide. Il réapparut le surlendemain (Dimanche de Pâques) aux yeux de plusieurs témoins. Cette réapparition certifie selon eux sa résurrection.

L’agneau pascal de la tradition juive initiale devient « l’Agneau de Dieu » (Agnus Dei) dans la tradition chrétienne. L’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. L’on pourrait le résumer ainsi : par son propre sacrifice, Jésus devient en quelque sorte un « agneau pascal » définitif qui enlève les péchés du monde pour toujours.  C’est ma modeste  compréhension du rapprochement qui peut être fait entre les deux rites religieux.

9 avril 2012

L’ouverture d’esprit, 9/04/2012

Des événements marquants dans mon existence m’ont amené à instaurer de nouvelles habitudes. Rendez-vous religieux, rendez-vous juridiques et participation à de nouvelles activités associatives. Dans ce cadre-là, j’ai décidé de participer aux efforts que le Comité d’Etablissement de mon entreprise consent pour les enfants et les adolescents. Je me suis donc porté volontaire pour la Commission Enfance.

C’est dans ce cadre que j’ai pu discuter et constater que l’ouverture d’esprit est encore trop souvent un vœu pieux. Je m’explique : bien souvent, les parents viennent se plaindre auprès des membre de ladite commission, comme quoi leurs enfants ne mangent pas comme il faut lors de leurs séjours linguistiques en Grande-Bretagne. Mais va-t-on en Grande-Bretagne pour manger comme en France ? Certainement pas.

Découvrir un pays, c’est découvrir ses habitants, leur culture, leur fonctionnement, leur manière de se vêtir, de manger… Bien entendu, ils sont différents, mais c’est précisément cette différence qui fait leur richesse. Elle permet à l’adolescent d’ouvrir de nouveaux « territoires mentaux », ou en d’autre mots de sortir de son carcan de pensée habituel. 

Je pense que des jeunes ayant acquis cette ouverture d’esprit dès l’adolescence feront des adultes plus ouverts, et ce fait plus à même de dominer leur peur de l’autre.

Il me vient également l’histoire de cette jeune femme française, amoureuse d’un Sud-coréen. Ils filaient le parfait amour. Elle passait beaucoup de temps avec lui, mais sa famille ne voulait pas entendre parler du jeune homme. Pas de chez nous, disaient-ils… Ils ont fait des pieds et des mains pour que les deux tourtereaux se séparent. En fin de compte, il est reparti en Corée. Elle n’a plus de nouvelles de lui et elle est toute à son chagrin.

Quel dommage ! Quel gâchis ! L’amour, l’amitié, l’affection, tous ces sentiments transcendent les différences culturelles. A ce sujet, je vous raconterai l’histoire du Sud-Coréen avec lequel j’ai travaillé pendant deux ans. Dans le cadre de mes activités professionnelles, je suis formateur et coach. Je « coachais » donc Hyung Sul depuis près deux ans, à cette époque. Un jour où nous étions tous les deux, il m’appelle, me demande de m’asseoir et sort un papier de ses affaires. C’était les paroles de la chanson : « Les feuilles mortes ». Et il se met à chanter ! En français, bien entendu, lui avec qui la conversation ne s’effectuait qu’en anglais, jusque-là. Tout y était, la justesse, le timbre de voix, l’intention. Tout.

Quelle ne fut pas ma surprise ! J’ai vécu une des plus grandes joies de ma vie professionnelle ce jour-là. Hyung Sul savait que je chantais et c’était sa manière de me prouver sa reconnaissance. Et en même temps un acte d’ouverture culturelle et d’ouverture à l’autre qui mérite d’être souligné.

Ma vie est émaillée de ces petites expériences de partage parfois très intenses émotionnellement. Et beaucoup d’entre elles viennent de personnes venant d’horizons très différents du mien.

Je voudrais ajouter que l’ouverture d’esprit ne vient pas en contradiction avec la recherche de sa propre identité, qualité tout aussi louable. L’ouverture n’est pas une menace pour l’identité, qu’elle soit en cours de construction ou déjà construite. L’ouverture vient compléter et enrichir cette recherche d’identité, bien au contraire.  Comme une brique à l’édifice.

A une époque où le racisme, l’anti-sémitisme, le cloisonnement ont encore droit de citer, malheureusement, il est important que des voix s’élèvent pour dénoncer les mécanismes, parfois anodins, quotidiens qui mènent à ces perversions de la pensée. Il est important que des voix s’élèvent pour proposer des alternatives, comme l’ouverture d’esprit.

10 février 2012

Droite ou Gauche… Est-ce du pareil au même ?

La notion de droite et de gauche remonte à l’assemblée constituante. En Août 1789, les députés favorables au pouvoir de blocage du roi se mirent à droite de l’hémicycle, vis-à-vis du président de l’assemblée. Ceux qui y étaient hostiles se mirent à gauche. Déjà, à cette époque, la droite de l’hémicycle était composée de gens attachés aux traditions, au maintien du pouvoir en place (conservatisme). La gauche était au contraire mue par des idées de progrès.

A présent, cette vision est quelque peu simpliste. La droite ne peut se réduire au conservatisme. La gauche ne peut pas se réduire non plus à cette idée de progrès. Cependant, de par le monde, les notions de droite et de gauche sont devenues un repère, une sorte de grille de lecture de la politique internationale. Il ne viendrait à l’idée de personne de classer Barak Obama à droite, par exemple. Aux Etats-Unis, la droite est plutôt représentée par les Républicains. Cette grille de lecture est simplificatrice, mais elle permet d’y voir plus clair. 

A quelques mois de l’élection présidentielle de 2012,  c’est l’objectif de cet article. Y voir plus clair… Nous avons tant entendu : « La droite et la Gauche, c’est du pareil au même! ». Déjà, en 2001, c’était le discours dominant. Bien entendu, ce ne fut pas la seule raison, mais ce discours dominant a pu contribuer à la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002. En effet, si la droite et la gauche, c’est pareil, autant aller chercher une « vraie alternative », pouvait-on croire! Discours navrant…

Il faut dire que la Gauche des années 80 et des années 90 y avait mis pas mal de mauvaise volonté. Nombre de mesures néo-libérales ont été prises par des gouvernements de gauche, sous François Mitterrand. Les stock-options, l’augmentation de la part dédiée aux actionnaires dans la valeur ajoutée au détriment de la part dédiée au travail… Toutes ces mesures datent de cette époque. Or, le néo-libéralisme est plutôt une valeur de droite, en principe. Comment s’y retrouver ?

Mon idée est que l’appartenance politique à tel ou tel côté répond à des besoins fondamentaux de l’individu et à une hiérarchisation de ces besoins. Nous avons tous besoin de sécurité et de solidarité, à des degrés divers, pour ne prendre que ces deux exemples de valeurs. L’une, la sécurité, est plutôt classée à droite, tandis que l’autre est plutôt classée à gauche. De fait, une personne très sensibilisée au besoin de sécurité, au besoin de maintien de l’ordre aura plutôt le réflexe de voter à droite, alors qu’une personne sensibilisée à la solidarité aura plutôt celui de voter à gauche.

Mais encore une fois, cette grille de lecture est simplificatrice. Elle ne tient pas compte du charisme de la personnalité qui se présente en tant que candidat à une élection, de son pouvoir de séduction ou de manipulation. A ce titre, le discours politique de Nicolas Sarkozy, au cours de la campagne de 2007 pouvait paraître très social, voire très progressiste: défense de la valeur travail à priori au détriment de l’actionnaire, droit au logement opposable, etc. A l’heure du bilan, chacun d’entre nous pourra se faire une idée de ce qu’il en a été. Ce que je crois, c’est que ce discours venait encore une fois brouiller les pistes.

Pour moi et pour reprendre les fondamentaux de 1789, la droite reste conservatrice, c'est-à-dire favorable au maintien du présent et parfois réactionnaire, c'est-à-dire favorable à un retour au passé, réel ou supposé. Cela se double d’une  propension à soutenir l’idée d’individu au détriment du collectif. Et donc de liberté individuelle au détriment de l’égalité, parfois, lorsque ces deux valeurs sont contradictoires. Cette dernière idée trouve son écho dans le libéralisme économique.

Par opposition, la gauche reste progressiste. A quelque exceptions près au rang desquelles l’on peut citer la loi sur l’IVG, les grandes avancées sociales ont été mises en place par des gouvernements de gauche au cours des dernières décennies, malgré tout ce qui a été dit plus tôt. La plus symbolique est l’abolition de la peine de mort en France en 1981. Aurait-on pu imaginer qu’un gouvernement de droite prenne une telle mesure?

Pour basculer vers des enjeux plus actuels, la droite d’aujourd’hui s’arc-boute sur les valeurs traditionnelles du mariage et de la famille pour interdire aux couples homosexuels de se marier et d’adopter des enfants, au même titre que les couples hétérosexuels. La gauche a fait son parcours par rapport à cet enjeu et des dispositions dans le sens de l’établissement d’une vraie égalité figurent dans le programme de certains candidats de gauche pour l’élection présidentielle à venir.

Plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin, la gauche se cherche encore. Le marxisme a montré ses limites dans les pays qui ont tenté de l’appliquer. Le collectivisme qui en a émané a causé beaucoup de dégâts pour ne retenir que cela. Quelle doctrine reste encore debout actuellement, si ce n’est le capitalisme et son arrogance forcenée et délirante ?

Il n’en reste pas moins que depuis plus de deux siècles, deux mondes s’opposent. Celui de la droite et celui de la gauche. Tout les oppose, en réalité. Ce ne sont pas les toutes dernières déclarations de MM. Guéant et Sarkozy qui me démentiront, à ce sujet.

1 janvier 2012

Politiquement correct

J’aimerais m’appuyer sur deux événements récents, pour parler du « politiquement correct », dans l'air du temps, en ce moment. La sortie du dernier tube de Bénabar : « Politiquement correct », et du dernier film de Roman Polanski : « Carnage ». 

A l’origine « politiquement correct » était utilisé pour désigner un certain nombre de choses ou d’idées sous un autre nom, plus correct, plus « classe ». « Femme de ménage » devint  «  technicienne de surface », etc. Cela ne mangeait pas de pain… Pourtant nous sentions bien une sorte d’hypocrisie poindre à l’horizon…

A présent, le sens de l’expression « politiquement correct » a évolué. Dans la chanson « politiquement correct », l’auteur-interprète annonce qu’il n’est pas raciste, qu’il n’est pas anti-sémite, qu’il est contre la peine de mort, etc. Tout ce dont je ne peux que me féliciter. Les valeurs prônées dans cette chanson sont au diapason de celle que je défends, pour ma part. En outre, elles sont le signe de véritables progrès de civilisation, qu’ils soient passés (peine de mort abolie en France depuis 1981) ou à venir (population homosexuelle traitée  sans aucune discrimination en France, bientôt, espérons-le).

Pourtant, la chanson, à prendre au premier degré, je le crains, finit par des : « Je t’emmerde », comme s’il c’était le bon ton pour répondre aux « imbéciles» qui défendent les causes inverses (la peine de mort, la haine des Juifs, etc.)

Derrière ce « politiquement correct » de bon aloi, je ressens comme une violence sourde, à peine masquée. En outre, les « imbéciles» sont également des êtres humains, et ils ont également droit au respect, même si ce qu'il pensent n'est pas très reluisant.

De même, dans le dernier film de Roman Polanski  « Carnage », une conversation, tout ce qu’il y a de plus cordiale au début, tourne au pugilat et au cauchemar. Le film est une réussite en cela. Le dérapage est progressif, fait de tout petits riens qui défilent les uns après les autres au gré d’une conversation censée rester courtoise et anodine.

Dans cette histoire, le personnage joué par Jodie Foster, Penelope, est une femme « concernée ». Concernée par la faim dans le monde, concernée par les méthodes d’éducation moderne, et par toute une série d’enjeux important pour la survie et l’épanouissement de l’espèce humaine sur terre. Je ne peux, une fois encore, que partager ses convictions. Elle double cet engagement d’un intérêt très vif pour l’art, ce qui donne à sa personnalité de nombreux attraits.

Pourtant une fois encore, c’est son personnage qui, dans ce dérapage collectif, va « déraper » le plus, à mon sens. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la transformation du visage de Penelope, au fur et à mesure de l’intrigue. Ce visage, si doux au départ, se mue en gueule de tigresse au moment du dénouement. A ce sujet, chapeau bas à l’interprète, Jodie Foster, pour qui j’ai toujours eu énormément d’admiration.

Penelope est également « politiquement correcte ». Personnalité bien contruite, bien propre, bien lisse… En apparence, seulement. Elle « pète les plombs », comme les autres. Et quand elle pète les plombs, c’est encore plus spectaculaire et dévastateur! C’est un des messages que semblent transmettre Yasmina Reza, l’auteure de la pièce dont le film est inspiré, et Roman Polanski lui-même.

Pour tenter d’appartenir à la caste à laquelle nous aspirons, que ne ferions-nous pas ? Alors, nous en adoptons les apparences. Il faut être « politiquement correct » … Alors soyons-le. Et si le politiquement correct n’était en sorte qu’une apparence, une illusion, une mascarade. Un masque qui cache notre vraie nature, faite d’ombre et de lumière.

Et quand la vraie nature de chacun est écrasée sous la chape de plomb du « politiquement correct », elle ne demande qu’à émerger. Un homme d’une grande sagesse me disait récemment : « Plongez une balle de tennis au fond de l’eau. Tant que vous l’y maintenez, elle y reste. Dès que vous la relâchez, elle reprend sa vraie nature de balle de tennis et remonte à la surface. »

Comment faire en sorte d’exprimer sa vraie nature, ce que nous avons vraiment dans le ventre, sans la violence, à peine masquée dans la chanson de Bénabar et qui éclate au grand jour dans « Carnage » ?

Dans les cas qui nous intéressent, la violence est comme une soupape de sécurité, mais comme dit l’adage, elle est mauvaise conseillère. Qui plus est, elle ne résout rien. Il est des victoires, obtenues par la violence et qui font honte à leurs vainqueurs.

J’évoquais le racisme et l’homophobie, plus haut. A ranger dans le même sac, à mon sens. Prenons  a contrario l’exemple du droit à l’indifférence. Il s’agit de considérer l’Autre (l’homosexuel, le Juif, le Rom, etc.) comme soi-même. Pas de différence.  L’indifférence, en sorte. C’est pour moi l’expression d’une vraie générosité, d’une vraie grandeur d’âme et de l’ouverture d’esprit qui en découle. Ce n’est pas une apparence pour faire le beau et plaire dans les salons.

Etre soi-même. Dire ce que l’on pense, sans violence. Ne plus porter de masque. Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. Bien entendu. Nous en sommes tous là.

Je voudrais profiter de cet article pour souhaiter une excellente année 2012 à tous, moins « politiquement correcte », peut-être... Plus vraie, en sorte.

Philippe AYACHE.

1 mai 2011

Le Printemps Arabe, 1/05/11

1/05/11 Le Printemps Arabe

 

Le Printemps Arabe faire référence au fameux Printemps de Prague, période qui s’échelonne du 5 janvier 1968 au 21 Août 1968, date à laquelle les troupes du pacte de Varsovie envahirent la ville, mettant fin à la tentative de libéralisation du régime communiste de Tchécoslovaquie.

 

Il faut croire que la saison est propice! Mais est-ce la saison, véritablement ? Bien sûr que non. Les révoltes et les révolutions qui agitent le monde arabe à présent ont bien d’autres causes que je voudrais tenter d’analyser ici.

 

Tout d’abord, je me suis livré à un petit exercice. Tenter de trouver des points communs à tous les régimes qui vacillent à présent. Vous trouverez le résultat de mes investigations dans le tableau joint. Mes sources : essentiellement, Wikipedia.

 

Pays

Dirigeant

Age du dirigeant

Date de l'accès au pouvoir

Mode d'accès au pouvoir

Intitulé du régime

 

 

 

 

 

 

Libye

Colonel Muhammar Kadhafi

69 ans

Sept. 1969

Coup d'état militaire

Régime révolutionnaire, populaire et socialiste

Syrie

Hafez el Hassad

1930-2000

1970

Coup d'Etat militaire en 1963

Régime socialiste et panarabe

Bachar el Hassad

46 ans

2000

Transmission héréditaire

Yemen

Ali Abdullah Saleh

69 ans

Juin. 1978

Assassinat du président en exercice

République démocratique populaire

Bahrein

Hamad el Khalifa

61 ans

2002

Transmission héréditaire

Royaume

Egypte

Hosni Moubarak

83 ans

oct-81

Elections présidentielles

Parti unique: Parti National Démocratique

Tunisie

Zine El-Abidine Ben Ali

75 ans

Nov. 1987

Coup d'état "médical"

Parti unique: Rassemblement constitutionnel Démocratique

Algérie

Abdellaziz Bouteflika

74 ans

Avr. 1999

Elections présidentielles

République algérienne démocratique populaire

Tableau 1 : Régimes en place au 1er janvier 2011, dans divers pays arabes agités par  des révoltes, révolutions ou à des manifestations

 

Que constate t’on ? Les dirigeants sont, à des degrés divers, des dictateurs qui limitent volontairement les libertés dans leurs pays respectifs. Ils sont quasiment tous âgés, voire très âgés, pour le cas d’Hosni Moubarak. Le temps de leur splendeur est derrière eux. C’est particulièrement vrai pour le Colonel Kadhafi qui paradait à l’Elysée il y a si peu de temps, encore.

 

Pire, la plupart d’entre eux n’ont pas hésité, et n’hésitent toujours pas à massacrer leur propre population dès que celle-ci tente de se soulever. Pour exemple, je veux citer la répression sanglante de la révolte fondamentaliste en Syrie, en 1982. Cette répression, menée d’une main de fer par Hafez El-Assad a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, à l’époque.

 

On peut ajouter que le mode d’accès au pouvoir est rarement légitime, au sens où on peut le comprendre, en occident, de fait. C’est l’hérédité, même lorsqu’il ne s’agit pas d’un royaume, ou bien des coups d’Etat de toute sorte qui permettent à ces dirigeants d’accéder au pouvoir, bien souvent.

 

Enfin, il est fort intéressant de noter que tous les régimes qui vacillent ou qui ont déjà chuté à présent se réclament  ou se réclamaient d’une obédience marxiste. Les intitulés des régimes comptent malheureusement sur la naïveté des peuples. Ils ont tous quelque chose de noble et de pompeux dans l’altruisme : on y lit « socialiste », « populaire », « démocratique ». Atterrant !

 

En fait, je pense que l’erreur commise par un bon nombre de dirigeants dans le monde, et pas seulement dans les pays cités plus haut, c’est de croire que le pouvoir est destiné à se servir. S’enrichir, jouir de privilèges pour soi ou pour les siens. Même les démarches les plus « sincères », comme celle de Zine El-Abidine Ben Ali lors de son accession au pouvoir en 1987, finissent par une dérive autocratique centrée sur l’enrichissement personnel.

 

L’exercice du pouvoir, c’est servir. Ce n’est pas se servir.

 

Par ailleurs, nous vivons une époque de transition initiée dans les années 80 et marquée par la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Les utopies marxistes vivent probablement leurs derniers temps. Le stalinisme et ses exactions les avaient déjà enterrées en son temps. Il est temps de venir à bout du stalinisme ou de ses héritages. Comme je le soulignais plus haut, ces utopies étaient surtout basées sur la naïveté des peuples ainsi dirigés, tout en étant très altruistes et très généreuses dans leur présentation.

 

Ceci me sert de transition pour le troisième point que je souhaite aborder. Les populations sont de moins en moins naïves. Dans le monde arabe, en particulier. Les jeunes sont de plus en plus instruits. En Tunisie, les jeunes ne supportent plus qu’avec un niveau d’instruction équivalent à celui auquel on peut accéder en Europe, les métiers et le niveau social auquel on accède soient aussi en retrait.

 

Pour ne prendre qu’eux, les Tunisiens savent  ce qui se passe chez nous et ils savent que l’on sait ce qui se passe chez eux. L’air du temps est à Internet et à la communication tous azimuts. Personne ne peut plus s’abriter derrière un: « Ah, je n’étais pas au courant !... » Je mentionnais déjà ce point dans mon article « Mon expérience africaine », le 1er février de cette année.

 

Enfin, les structures sociales évoluent dans le monde arabe. La famille se recentre sur un noyau « parents-enfants » et perd de plus en plus son caractère tribal, par endroits. Bien entendu, le propos est trop général et il mérite d’être nuancé. Pourtant la tendance existe, c’est certain. Cela a pour conséquence une sorte de primauté de l’individu sur le groupe. Individu qui réfléchit par lui-même, que l’on peut opposer au groupe qui suit aveuglément son chef.

 

Je souhaite m’inscrire dans les processus de démocratisation que je viens de décrire, bien évidemment. Je les soutiens et je les accompagne de mes vœux. La route est probablement encore très longue. Les résistances au changement des dirigeants syrien, libyen, yéménite et autres le montrent bien. Restons vigilants.

12 février 2011

Turquie, 12/02/11

Turquie, 12/02/11

Je voudrais vous parler de Turquie même si ce n’est pas d'actualité en ce moment. C’est ma liberté de « bloggeur ». La Turquie manifeste depuis plusieurs années le désir d'être intégrée de plein droit à L'Union Européenne. En son temps, J. Chirac avait  pris une position courageuse, en déclarant qu'il était pour à certaines conditions. C’était signe qu'il ne se représenterait pas en 2007…

Je rejoins ce point de vue. Pour moi l'intégration de la Turquie dans L'Union Européenne serait un vrai début de réparation d'une erreur historique tragique: les Croisades. A mon avis, les Croisades ont créé une crispation entre le monde arabo-musulman et le monde occidental dont nous ne sommes pas sortis à présent. Cet antagonisme a même été monté en épingle il y a quelques années par l'entourage de G. Bush. Heureusement, en ce début d’année 2011, les mentalités évoluent aussi bien de ce côté-ci de la Mer Méditerranée, que de l’autre côté.

Je voudrais rappeler ici la période glorieuse de l'Andalousie tri-ethnique (Chrétiens, Juifs, Musulmans), évoquée dans l’Oratorio Hispanias Miticas, de Ruben Velazquez, auquel j’ai eu la chance de participer, en tant que choriste, de 2004 à 2007. Cette période est bien antérieure aux Croisades. Puisse une harmonie comme celle-la se reproduire un jour!

Intégrer une nation musulmane au sein d'une communauté européenne irait immanquablement dans le sens d'un apaisement. Le dénominateur commun de l'Europe ne serait plus la chrétienté comme certains voudraient nous en faire prendre l'orientation, mais bien une échelle de valeurs communes.

Cependant, de nombreux obstacles s'opposent pour l'instant à l'intégration de la Turquie, je pense.

Au premier desquels on trouve la négation du génocide arménien.  Il ne viendrait pas à l'idée du gouvernement allemand actuel de nier le génocide juif. Pourquoi le gouvernement turc et la population s'obstinent-ils à nier ce que tous les historiens reconnaissent à présent et qui ne fait plus l'ombre d'un doute (entre 1 million et 1, 5 millions de morts entre 1915 et 1916)? Je soutiens à ce titre la démarche du Parlement Français en 2006. Démarche qui a consisté à considérer comme un acte délictueux le négationnisme du génocide arménien. Pourquoi y aurait-il deux poids, deux mesures, par rapport au génocide juif ? Le Parlement  a été désavoué par l’exécutif français auprès du premier ministre turc Erdogan, peu de temps après. La France avait quelques Airbus, quelques Rafale (Dassault), etc. à vendre. Ce sont des emplois que l'on préserve, vous comprenez, ma bonne dame!

Par ailleurs, le nationalisme turc est en fait tellement exacerbé qu'il empêche la reconnaissance toute simple de la vérité historique. Loin de les affaiblir, je pense au contraire que cette reconnaissance renforcerait les Turcs. Pour l'instant, nous n'en prenons pas le chemin. L'écrivain turc Orhan Pamuk, prix Nobel de Littérature, a été ennuyé par les autorités turques parce qu'il avait pris position en faveur de cette reconnaissance. Il ne doit son salut qu'au soutien que la Communauté Européenne lui a apporté.

Un autre obstacle est l'absence de démocratie. Au cours de deux séjours récents à Ankara, j’ai pu constater à quel point il était impossible de recueillir un avis sur la politique menée par le gouvernement Erdogan. Les Turcs interrogés vous répondent qu’ils ne se mêlent pas de politique, que la politique est un sujet tabou, en quelque sorte. Hallucinant, pour des oreilles occidentales !

Un troisième obstacle est le sort réservé à la partie turque de Chypre. La moitié nord-est de Chypre est occupée par la Turquie depuis 1974. Un statu-quo a été décrété à cette date. Une zone-tampon des Nations Unies sépare les deux moitiés. La partie grecque de Chypre, la seule intégrée à l'Union Européenne à présent, revendique la récupération de cette terre, et ce à juste titre, à mon avis. On imagine mal deux nations souveraines en conflit armé non résolu évoluer au sein de la même Communauté.

Bon, l'intégration de la Turquie dans l'Union Européenne, ce n'est pas pour demain la veille ! En 2007, lors de la campagne pour les élections présidentielles, une certaine Ségolène aurait quand même pu prendre position sur le sujet sans trop se mouiller,  compte-tenu de l'éloignement chronologique de l'enjeu. Au lieu de cela, et bien, de nombreux responsables du Parti Socialiste Français, dont Madame Royal, continuent de louvoyer: "Les Français se prononceront..."

Pour ce qui est de votre serviteur, c'est fait!

1 février 2011

Mon expérience africaine. 01/02/11

1/02/11 Mon expérience africaine

Un jour d’octobre 2010, nous étions en randonnée, entre amis, autour de Puycelsi, dans le Tarn. A l’heure du déjeuner, nous trouvons une table de pique-nique et nous nous y attablons. Sur ces entrefaites, un couple arrive. Nous les invitons à s’asseoir à notre table. Ils ont la soixantaine fringante, un côté « baroudeur », mais également un côté « bien mis ». Ils sortent leurs victuailles, et montrent par là même une certaine recherche au niveau de la qualité des mets qu’ils consomment.

Et la conversation s’engage. Ce couple avait vécu en Afrique pendant  des années. Le mari était responsable de travaux d’infrastructure et sa famille le suivait de mission en mission. J’aime que l’on me parle du continent dont je suis originaire. L’expérience que je m’en fais ne se nourrit que de ce que l’on peut m’en dire. La vie qu’ils nous présentent alors en quelques mots a de quoi séduire. L’exotisme, l’aventure, le développement de pays où tout est à faire. Tout cela vient en tête, à l’écoute de leur récit.

Pourtant, il me vient soudain une sorte de malaise. Et si notre soif de développement, n’était pas en fait qu’une soif d’appropriation des richesses de ce continent, à seule fin d’assouvir des désirs cupides?

Nous vivons un XXIème siècle bien entamé, et je n’ai toujours pas l’impression que les Africains aient véritablement pris possession de leur continent. Ils n’ont d’ailleurs toujours pas pris leurs destins en main, pour la plupart d’entre eux. Tout se passe comme si leur terre leur avait été confisquée.

Nous avons mis cela sur le dos du colonialisme, dont beaucoup s’accordent à dire à présent qu’il a surtout apporté de l’aliénation aux peuples autochtones. Ce en quoi je les rejoins tout à fait. Mais à présent que le colonialisme a disparu, du moins dans les institutions, il serait temps de passer à une véritable prise en main des terres, des ressources et des destinées par les Africains eux-mêmes.

Lorsque les colons ont quitté l’Afrique, qu’ont-ils laissé ? Depuis les années 60 et l’indépendance, nous n’entendons parler que de guerres civiles, de génocides, de pays aux mains de dictateurs corrompus et sanguinaires. Le plus étonnant, c’est que les pays européens, et la France en particulier, ont toujours eu de bonnes relations avec les dictateurs en question. Certains dictateurs émérites se piquaient de se mêler de politique française et intervenaient dans le choix de telle ou telle personnalité pour tel ou tel ministère … français. Que d’égards !

Ainsi va l’Histoire. Ce qui se passe en Tunisie et en Egypte tend à montrer que le temps des dictateurs est révolu. Plusieurs éléments militent en ce sens. D’une part, l’aspiration légitime des peuples à prendre leurs destins en main. Certains d’entre eux se réfèrent à la Révolution Française. Là, nous pouvons être fiers !

D’autre part, la circulation de l’information. Les méthodes archaïques de contrôle de l’information ne résistent pas à l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux. L’interdiction d’Internet en Egypte est un combat d’arrière-garde, perdu d’avance.

Tout cela me donne beaucoup d’espoir pour les peuples africains dans leur ensemble. Tout se passe comme si ces peuples accédaient à un plus haut niveau de maturité. Il reste les risques inhérents aux fondamentalismes religieux. Une déstabilisation du même type a profité aux islamistes en Iran, en 1979. L’Iran et Al-Qaïda soutiennent les mouvements populaires actuels et les révolutions qui en découlent ou qui pourraient en découler. Ils savent où est leur intérêt. 

Vis-à-vis de l’islamisme, je pense qu’il doit être intégré au jeu démocratique. C’est un malheur nécessaire, à l’instar de ce qui se passe en France avec le Front National. Si nous voulons combattre leurs idées, il est souhaitable qu’elles soient intégrées au débat démocratique, sans exclusive. Le combat contre ces idées n’en sera que plus efficace.

Nous assistons peut-être à une réappropriation du continent africain par les Africains eux-mêmes. Et c’est plutôt une bonne nouvelle, vous ne trouvez pas ?

15 janvier 2011

Les otages du Sahel. 15/01/11

Les otages du Sahel.

Comment ne pas être révolté par la mort de deux innocents ? Comment ne pas être touché par la douleur de deux familles endeuillées si brutalement ? C’est cette vive émotion qui me pousse à écrire. Cette indignation, devrais-je dire pour reprendre un terme devenu à la mode récemment, depuis le salutaire « Indignez-vous! » de Stéphane Hessel.

Indignation vis-à-vis de ce consensus mou autour des décisions systématiques de recours à la violence de notre Président de la République, Nicolas Sarkozy. Toute la classe politique, de gauche comme de droite, s’accorde à dire qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Les experts militaires de tout poil reprennent en chœur le même refrain.

Et pourtant… L’année 2010 a été un tournant pour la politique extérieure française et la lutte contre le terrorisme islamique. Le 23 février 2010, Pierre Camatte était libéré en échange de 4 islamistes d’Al-Qaïda. Echange discutable… Cet échange permettait de revoir Pierre Camatte en vie. Le coût était élevé, pourtant : message de soumission à la menace, adressé aux terroristes et dans le même temps, récupération de forces vives pour le mouvement Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI)

Alors le gouvernement aura certainement voulu changer son fusil d’épaule, si l’on peut dire! Deux interventions militaires musclées, celle qui concernait Michel Germano en juillet 2010 et celle-ci, à présent. Deux interventions qui se soldent par deux échecs, cuisants. Dans les deux cas, les otages ont été vraisemblablement exécutés par leurs ravisseurs.

Le respect de la vie veut qu’en principe, les otages s’en sortent vivants.

Je dénonce ici un certain amateurisme de notre Président de la République actuel. Penser que l’on pourrait arraisonner les terroristes… Avec tout le respect que je dois à la fonction, il garde une certaine naïveté vis-à-vis de fanatiques surentraînés, qui ne reculent devant rien, et surtout pas devant l’idée de verser le sang.

A propos de sang, du nôtre s’entend, mais qu’a-t-il de si impie, de si impur, pour ces gens-là ? Comme si un sang pouvait être plus pur qu’un autre… Une aberration, nous sommes bien d’accord. En vérité, les discours d’AQMI sur le sang impur des infidèles, sur la politique de la France en Afghanistan cachent beaucoup de choses plus « prosaïques ». Toute cette rhétorique n’est qu’un prétexte pour asseoir un pouvoir. La religion et la politique suiviste de la France en Afghanistan ont bon dos.

Les gouvernements nigériens, mauritaniens et maliens ne s’y sont pas trompés. Ils savent déjà qu’ils doivent composer avec AQMI qui constitue une véritable force dans la région. Grâce à l’argent des rançons, les chefs militaires d’AQMI, s’allient les chefs des tribus locales. La polygamie permet également à ces individus de nouer des alliances fort utiles avec plusieurs chefs de tribus. La mécanique est bien huilée !

Ces gouvernements sont donc d’ores et déjà soumis à ce qui n’est autre qu’un diktat islamique extrêmement dur et violent. Les deux terroristes capturés par l’armée française au cours de l’opération et remis aux autorités nigériennes ont été immédiatement libérés par ces mêmes autorités. C’est plus que probable. C’est dire !...

Lutter contre le terrorisme ne passe pas nécessairement par le rapport de force et par la violence. Cela passe par une meilleure compréhension de ce qui pousse « d’autres » jeunes gens à basculer un jour dans la violence. A ce titre, l’émission « Envoyé Spécial » diffusée jeudi 13 janvier 2011 est un bon début. Cet effort de compréhension mérite d’être poursuivi et approfondi. Mon article suivant reviendra sur ce sujet.

Dans son fascicule « Indignez-vous », Stéphane Hessel cite Sartre qui disait « La violence […] est un échec. […] mais c’est un échec inévitable ». A l’instar de nombreux grands génies de l’Histoire du vingtième siècle, Sartre a eu l’ultime génie et l’ultime humilité de dire qu’il n’avait pas tout compris, à la fin de sa vie.

En outre, je pense pour ma part que la violence est interdite et que rien ne la justifie. Rien ne justifie non plus un quelconque recours à la force.

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